Méditations sur le tapis de course: État versus Gilets jaunes

Les tentatives de diversion en France sont une stratégie d’état systématique et efficace: quand les manifestations Gilets Jaunes ont commencé en novembre 2018, on a tout de suite repris une même recette. Le gouvernement a tenté de faire passer ce mouvement pour une dynamique tenue par les radicaux d’extrême droite cherchant ainsi à discréditer les Gilets Jaunes.

 Les tentatives de diversion en France sont une stratégie d’état systématique et efficace: quand les manifestations Gilets Jaunes ont commencé en novembre 2018, on a tout de suite repris une même recette. Le gouvernement a tenté de faire passer ce mouvement pour une dynamique tenue par les radicaux d’extrême droite cherchant ainsi à discréditer les Gilets Jaunes. 

Or, le mouvement a perduré et petit à petit s’est un peu organisé: d’autres groupes clairement identifiables sont alors apparus.

Un constat: le mouvement est essentiellement composé de femmes seules avec enfants, d’emplois précaires, de personnes au chômage. Les élèves et étudiants ont ensuite rejoint la colère, les enseignants aussi contre la précarisation de leur emploi et la réforme Blanquer qui s’est faite, comme tout le reste en ce moment, avec le moins de concertation possible. 

Même s’il y a bien des personnes, dans le mouvement des Gilets Jaunes, qui se rattachent explicitement à l’extrême droite, elles ne sont pas majoritaires et ne constituent aucunement le socle des revendications. Les banlieues ont rejoint le mouvement. Pas étonnant qu’elles arrivent à la fin, c’est sociologiquement logique car la banlieue est, si l’on peut dire, le plus ancien des Gilets Jaunes au sens symbolique.

Il est à noter que, chaque fois que l’extrême droite arrive en force, on s’arrange en France pour évoquer les extrémistes minoritaires et notamment faire porter le chapeau aux musulmans de France pour mieux faire diversion.

On pose ainsi un oeil grossissant sur ce qui ne devrait pas en fait nous préoccuper le plus car pour le moment c’est bien l’extrême droite qui prend des décisions soit tout à fait officiellement et via l’outil politique soit parce que son propos est honteusement repris par les autres partis, qui l’air de rien et pour satisfaire au plus grand nombre, en reprennent l’exacte rhétorique.

Il est évidemment plus confortable d’exporter "la faute" et de penser que c’est l’autre musulman, perçu encore après 4 ou 5 générations comme l’étranger menaçant en France, qui est responsable de tous nos maux. 

L’élément d’extranéïté facilite largement l’acceptation de l’argument du rejet car par réflexe naturel à l’Homme, et par l’histoire récente des attentats, nous pouvons rendre conforme notre jugement négatif sur cette population. On dira alors que les événements historiques n’ont pu que vérifier les arguments xénophobes que le FN porte en son sein depuis les années 80.

Ce qu’on oublie de dire c’est que, et pour rappeler la pensée de Mohamed Arkoun, l’histoire des musulmans de France et de la montée des extrêmes, y compris des extrêmes religieux, est à comprendre au sens historique. Pour Arkoun, cette violence là que nous subissons tous en France  est le fruit de facteurs historiquement programmés depuis la colonisation.

Cette même mécanique de la diversion à la française revient dans le mouvement des Gilets Jaunes que l’on souhaite absolument discréditer. Est-ce une bonne manière d’éteindre la colère? N’est-ce pas au contraire un moyen encore plus fort d’en attiser le feu?

Aujourd’hui, on appelle à une manifestation contre la montée de l’antisémitisme prévue mardi 19 février . Elle fait suite à des insultes proférées à l’encontre de M. Finkelkraut au sein d’une manifestation de Gilet Jaunes.

En effet, ces insultes ont été proférées à l’encontre d’une personnalité connue pour ses positions radicales et de plus en plus islamophobes pendant une manifestation et dans un contexte précis de violence entre manifestants. En effet, ces insultes sont intolérables mais elles ne doivent en aucun cas être l’occasion de disperser le mouvement et de penser qu’une hiérarchisation des racismes est possible en France. Elle ne doit pas être l’occasion non plus de nous diviser car ce serait justement cautionner les positions de l’Etat qui profiterait bien de cette énième violence pour discréditer encore le mouvement Gilets Jaunes.

N’est-ce pas encore là un moyen de noyer le poisson et de nous faire oublier les objectifs premiers du mouvement? Car, malgré tout ce que l’on peut penser à propos des manifestants, il semble que pour une fois, nous sommes tous réunis en France dans un même objectif de lutte contre les inégalités. Nous sommes tous réunis certes mais pas forcément unis, dans des luttes convergentes et cela est justement ce qui fait peur à l’Etat.

C'est sans aucun doute la prochaine étape du mouvement.

Au lieu de cela, on observe une volonté de diviser de la part de l’Etat, et la question récente de l’antisémitisme rampant qui resurgit en France n’en est qu’un énième exemple. Même si on ne doit aucunement occulter ce fait, il faut tout de même replacer cet antisémitisme là dans un contexte particulier de montée de tous les extrêmes: extrême droite, mouvement radicaux politico-religieux et extrême rigidité d’un gouvernement qui ne semble pas encore bien prendre la mesure de ce qui se joue en ce moment en France. 

Je n’irai pas à la manifestation mardi car il me semble bien qu’elle est le fruit d’une instrumentalisation voulue d’en haut et pose une vision déformante de ce qui est en train de se jouer en ce moment en France.

Pour autant, il faut revendiquer notre haine des racismes, de l’antisémitisme et de toute forme de négation de l’autre et ce,  PAS seulement en manifestations, PAS seulement dans nos textes, mais de manière effective, dans nos actes au quotidien.

Ne ratons pas notre cible et restons concentrés sur la lutte.  Pour des Gilets Jaunes unis et solidaires, pour une acceptation pleine et entière des divergences de points de vue, des différences d'origines, de cultes et de cultures. 

 

Azade

 

 

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