Je sarkozise, tu sarkozises, nous sarkozisons….

Billet n°4 : Je sarkozise, tu sarkozises, nous sarkozisons….ou Non, je ne me sens pas Gauloise, c’est même tout juste si je suis française… du point de vue de Sarkozy. Nous avons vu dans le billet précédent intitulé « Quand le lexique devient une habitude islamophobe» l’A-BER-RA-TION dans laquelle nous nous trouvons tous jetés en ce moment. M. Sarkozy nous en a offert un parfait exemple.

Nous avons vu dans le billet précédent intitulé Quand le lexique devient une habitude islamophobe l’aberration dans laquelle nous nous trouvons tous jetés en ce moment.

Je remercie M. Sarkozy pour la stupidité éloquente mais aussi pour  l’illustration parfaite qu’il nous offre du propos que j’ai déjà tenu précédemment à savoir que la parole islamophobe s’est clairement libérée dans nos contrées de Gaule !

Je remercie M. Sarkozy pour le « sarco-sarcasme » avec lequel il s’exprime, expert en « m’as-tu-vu », je  le remercie aussi  pour la précipitation avec laquelle il nous renvoie systématiquement à ces préjugés  honteux  qui font de nos concitoyens musulmans un groupe incompatible avec les principes républicains ; des parias de la société, des sous-individus qui n’auraient rien à faire là, une ethnie à part dans ce beau pays fraternel qu’on appelle France.

Comment ne pas être en colère de voir que le propos empoisonné parti d’en haut - de celui qui est censé  porter une parole juste et éclairée, de celui que l’on nomme encore « Président » dans certains médias , de celui que l’on craint aussi à cause de son verbe haut ; haut et méprisant -est en train de se diffuser  largement dans une majorité de notre population ?

Comment ne pas m’inquiéter pour mes propres enfants ou pour les autres : Yazid, Nassim, Rayen, Amina, Amira, Nadia etc… que l’on désigne encore comme «  issus de l’immigration » alors que peu  se souviennent de l’arrivée de leurs grands-parents sur le territoire, alors que peu se souviennent de la langue que leurs parents  ont longtemps parlée, alors que beaucoup ne savent rien ou presque  de l’histoire du pays de leurs ancêtres ?

Comment ne pas réagir devant tant d’arrogance, de mépris  et de haine ?

Certains diront : « ses propos n’engagent que lui » Je leur réponds que non car toute parole publique porte en elle-même la possibilité de se voir appliquer. Ainsi, quand on parle de « guerre » on risque de la provoquer par les mots, de même, quand on évoque « l’assimilation » avec tout ce que cela peut impliquer, la réalité concrète peut ne pas être bien loin. Car, ne l’oublions pas, tout discours politique est en mesure de devenir une parole performative qui contient en elle-même la possibilité d’exister, d’être effective.

Tout homme public devrait être châtié pour une parole haineuse qui va à l’encontre de l’équilibre du tissu social : c’est déjà le sort réservé aux imams de France.

Tout homme public, religieux ou pas, devrait être puni pour une parole agressive, pour une parole qui distille l’inimitié et le venin dans le cœur des gens. On appelle déjà cela « l’incitation à la haine ».

Le plus inquiétant est que si cette parole se libère ainsi, c’est qu’elle est probablement soutenue par un ensemble de supporters qui peut l’entendre et la défendre. Souvenez-vous : Hitler lui-même, n’est pas monté tout seul au pouvoir, il fallait bien qu’une majorité, séduite par ses idées, lui offre  la possibilité de régner.

 Que la liberté de nous exprimer ne nous permette pas, compte tenu du contexte politique ou pas, de clamer haut et fort notre haine de l’autre.

M. Sarkozy, je constate que vous  êtes tombé dans la radicalisation contre laquelle vous semblez si remonté. Il me paraît urgent de vous placer avec certains détenus que nous avons déjà.

Aberrant donc, le chemin que l’on prend en ce moment.

Sachez M. Sarkozy qu’en même temps que vous faites vos beaux discours, vous blessez une grande partie de notre population, vous mettez à mal la cohésion de notre société qui ne tient en réalité pas à une histoire passée mais plutôt à une histoire d’avenir et de projet commun. Vous niez la possibilité pour la majorité des citoyens musulmans d’exister dans le respect de la pratique de leur foi, vous niez l’idée même de la diversité, vous niez les principes pourtant clairs de la laïcité et de la DDHC : Voltaire appellerait cela, simplement, de l’intolérance.

Voltaire : voilà mon ancêtre aujourd’hui, voilà celui qui me fait fière d’être française, voilà celui qui m’a fait choisir ma nationalité, celui qui m’a ouvert les yeux sur le fait que l’intolérance est un venin qui a pourri nombres de sociétés, voilà celui qui m’a fait sortir de l’essentialisation des êtres selon leurs origines et leurs religions car ses idées , aussi universelles soient-elles semblent avoir oublié de s’arrêter à votre porte !

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