Réponses  à un article lu en ligne qui évoque la Tribune du Figaro

Réponses  à un article lu en ligne qui évoque la Tribune du Figaro (Tribune du 20 mars 2018) Le propos de l'article est placé entre guillemets; mes réponses sont en italique.

Réponses  à un article lu en ligne qui évoque la Tribune du Figaro (Tribune du 20 mars 2018) Le propos de l'article est placé entre guillemets; les réponses sont en italique et en gras:

"Une centaine d’intellectuels signent, le 20 mars, dans Le Figaro, une tribune « contre le séparatisme islamiste »" N’ont-ils pas d’autres bouc-émissaires dans le collimateur ? Ne voit-on pas là plutôt une volonté encore de désintégrer, de représenter un monde duel qui relève de la stigmatisation, du préjugé, de l’absence de vision claire et documentée, de rejet « de tout ce qui n’est pas  laïc à leur manière » ? En somme, du fantasme au service des nouvelles idéologies qui consistent à arguer des inepties sur lesquelles une masse de pseudo-intellectuels surfent parce que hautement rentables pour eux. En outre, expliquez-moi ce concept nouveau de « séparatisme islamiste" : c’est quoi au fait ?

 "Nul doute qu’il s’agisse d’un pare-feu face à l’attente des annonces d’Emmanuel Macron concernant un coup de pouce donné à l’islam « de » France pour le structurer"- non, c’est une belle occasion de dire tout haut notre haine de « l’autre musulman », celui qui porte sur ses épaules le fardeau d’une société qui va un peu à la dérive, une société qui est en perte de ses propres valeurs morales et républicaines, morales parce qu’au nom de la laïcité, les fondements et codes issus du christianisme ont été majoritairement rejetés et républicaines parcequ’on a sciemment dévoyé la laïcité elle-même en l’interprétant non pas comme principe d’ouverture et de tolérance à l’égard des religions mais plutôt comme fermeture à l’égard non seulement des religions mais aussi de tout ce qui touche au domaine du religieux de près ou de loin, la religion musulmane a en plus cet avantage pour eux de se présenter comme la religion de l’autre, de l’immigré, du Proche-Orient et de toute la connotation que cela implique : la différence, l’invasion, la guerre.

 A l’heure où les impuissants politiques sont justement en majorité musulmans-cf les pays en guerre, les migrants…- il est ordinaire de jeter l’opprobre sur les musulmans pour mieux en déformer la vision, asservir le peuple et lui faire avaler la pilule raciste de ce type de tribune en jouant sur leurs peurs: "Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs" (La Fontaine, Fables, "Les Animaux malades de la peste")

J’applaudis toutefois la manière très perfide de présenter les choses…

 

"ce qui donnerait une plus grande exposition encore à cet islam radical qui a déjà gagné la bataille interne à cette religion sur le voile et le halal."

« L’islam radical » : j’aimerais juste que l’on m’explique de quoi on parle : le radical, c’est qui? Qui établit les critères et énoncent que telle ou telle pratique est radicale ? Il est évident que cela ne relève pas d’un principe scientifique.

On peut voir ici en revanche une volonté de diviser les musulmans entre eux…et oui…il y en a même qui sont déjà tombés dans le panneau: penser l’islam forcément comme l’islamisme, au point de le réduire, de l’essentialiser à une doctrine totalitaire, c'est une tentative dangereuse et vicieuse.

C’est aussi nier, en faisant cela, la possibilité pour l’islam d’exister dans sa diversité. Or,  l’islam est bien une religion aux manifestions plurielles alors svp ne tentez pas l’ingérence car vous réduisez honteusement cette religion à ce qu’elle n’est pas en réalité. Du coup, vous jouez le jeu de ceux là même que vous  semblez critiquer.

"Peut-être, par sa « structuration », Emmanuel Macron a l’ambition outrancière et déraisonnable,de vouloir transformer l’islam comme on transformerait une entreprise ou un pays, alors que c’est la laïcité qui a besoin d’être affirmée, précisée, et l’islam radical combattu ": pour rappel, la très grande majorité des musulmans en France lutte contre les extrêmes, y compris celui de l’islam radical. Je vous renvoie au travail des associations qui militent et qui éduquent les jeunes mais qui s’y est vraiment intéressé ? Depuis des années,au moins 30 ans,  des cours dans les mosquées (oui, il y a des cours dans des mosquées et je vous assure qu'on n'y parle pas que de théologie mais de mathématiques, de littérature, de philosophie) inculquent des valeurs religieuses et morales qui ne sont pas en contradiction avec nos valeurs républicaines. Au contraire, je témoigne que l'objectif est justement de faciliter la cohésion nationale, le lien avec la société en vue d'une intégration  réussie. Pour défaire tout ce travail, suffit-il que l’on présente ces inepties comme vérité générale ? Il semble que oui.  Il semble que cela fonctionne aujourd’hui en France, cela est possible car on a endormi le peuple, endoctriné les masses par un propos haineux qui s’est lentement distillé dans les médias et autre place publique.

"Le plus grand risque est le refus des musulmans eux-mêmes d’être « transformés »": Ne mettez pas de guillemets sur "transformés"s’il vous plaît  car on sait au fond la volonté assimilationniste de certains de nos élus-et Dieu sait à quel danger cela peut renvoyer. Comment peut-on accueillir cette information si ce n'est par un biais violent qui dit:"on ne veut pas de vous tels que vous êtes.": c'est bien cela l'intolérance.

 

"L’ambition est outrancière car envisager la création d’une « faculté de théologie musulmane », comme le préconise Jean-Pierre Chevènement, qui préside la Fondation des œuvres de l’islam de France, va au-delà d’une simple structuration. C’est vouloir être à la tête du renouveau théologique de l’islam, Même si l’islam a évolué au cours des siècles, la charia reste le fondement de la loi islamique :" savez-vous que la majorité des règles issues de la Charia ressemble étrangement à nos lois républicaines ?...je vous jure que ce n'est pas une provocation de ma part, allez vérifier. Facile donc de lâcher un mot connoté…mais qui peut vraiment expliquer la Charia ? Par ailleurs, et pour aller au-delà de ce pseudo-débat sur la Charia, sachez simplement que la très grande majorité des français de confession musulmane adopte les lois républicaines, honorent leurs impôts, pratiquent le  droit français, se marient même à la mairie. Alors, de quelle manipulation s’agit-il encore ici si ce n’est simplement d’un moyen de faire peur et d’attiser la haine ?

"et la Oumma la nation des musulmans, la matrie, en opposition avec la patrie" Ceci est un jeu verbal qui consiste à exprimer une opposition forte afin de mettre en place un univers manichéen inconciliable, a contrario l'on peut aussi voir ces deux termes-du point de vue de l'Islam- comme les 2 côtés d'une même pièce; et plus largement ne sommes-nous pas aussi des citoyens du monde?

"Tout contre-discours théologique se heurtera toujours à cette difficulté majeure"c’est une soi-disant vérité générale ? Le vrai problème est que, en conformité avec la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, ce dernier (l'Etat) ne peut intervenir dans la gestion du religieux.

"Selon un sondage du Figaro de 2016, un tiers des musulmans français estimaient que la charia était plus importante que la loi de la République." De qui le sondage s’il vous plaît? Et si c'était le cas, revoyez les grands points communs entre ces deux lois et évoluez un peu, la charia elle-même n'est pas figée dans le temps, ni dans l'espace ...(sauf pour ceux qui l'ont instrumentalisée) Laissons toutefois ce débat aux théologiens. 

"L’ambition est aussi déraisonnable car il n’y a pas un mais des islams en France, tellement les courants sont divers et opposés." Enfin, quelque chose de réaliste: considérez donc la pluralité du religieux sans l'enfermer.

 "Le plus bel exemple en est la création de trois conseils théologiques différents en 2016, un quatrième, régional, venant d’être créé à Lyon en 2018. Vouloir désigner un « grand imam de France », autre structuration envisagée, est une hérésie comme l’est aussi une instance représentative. Cette démarche transformatrice d’Emmanuel Macron n’est d’ailleurs pas accueillie à bras ouverts par le CFCM, dont l’actuel président d’origine turque Ahmet Ogras a déclaré que « le culte musulman est une religion, donc elle gère elle-même sa maison ». Pas de clergé svp...

 

"Alors, que faire ? La vraie réforme à mener est celle de la défense de la laïcité, le souci doit être de préserver la cohésion nationale et la possibilité d’avoir des consciences libres." Tout à fait d’accord, là est la priorité mais vous ne semblez pas employer les bons moyens pour cela car vos propos sont justement inscrits dans une démarche détournée, contrefaite de la laïcité. Vous voulez  faire avaler la couleuvre d’une laïcité qui exclut alors que  nous avons besoin aujourd’hui de plutôt retrouver un discours apaisé envers l’expression du religieux. Les intellectuels de cette tribune feignent d'occulter  que la Constitution française, que la DDHC, que la laïcité même protègent la liberté de conscience et la manifestation publique des convictions religieuses.

"La tribune du Figaro rejoint l’état des lieux décrit dans le rapport du préfet Clavreul, demandé par le gouvernement et paru en février, qui dresse un constat alarmant de la laïcité en France et du vivre en commun collectif"= le constat est alarmant parce que la vraie question n’est pas là : ce n’est pas la laïcité qui est mise à mal car telle qu'elle existe aujourd'hui, elle protège encore la liberté des cultes et sépare la sphèe du religieux de celle de l'Etat. Ce qui a changé,  c’est notre degré de tolérance. Le vivre en commun collectif a aussi été mis à mal par tous les propos négatifs,  haineux, xénophobes qui  se déversent dans les médias et les commentaires des réseaux sociaux. Cette Tribune en est une illustration explicite. 

"Or, justement, ce que veut l’islam politique des Frères musulmans et des salafistes, c’est nous obliger à nous soumettre à leur vision de l’islam" =  « Or, justement, ce que veulent les auteurs de cette Tribune, c’est nous obliger à nous soumettre à leur vision de la laïcité »…

 "Le Parlement devrait proposer une grande loi sur la laïcité imposant une loi définissant les limites dans lesquelles aucune religion ne doit envahir l’espace public, collectif et politique.= on veut donc une laïcité qui exclut, qui impose, une laïcité-laïciste ? Un code de conduite au sein de la République= une autre loi républicaine ?

 Quid de la DDHC ?

"Le cas du port du voile islamique est emblématique." Voilà en réalité l’objet du débat…on en est là qu’on ne peut plus supporter de les voir, ces femmes voilées ? Réduites dans nos mentalités à des femmes soumises à leur vision dérangeante de l’Islam ? C’est donc bien un problème de tolérance voilà tout. La visibilité même de la femme musulmane voilée nous dérange. Plus généralement sans doute la visibilité de l'Islam nous offense et encore plus globalement, le religieux nous importune. Quelle est la prochaine étape?  

" En 2017, l’université d’al-Azhar a statué sur le fait que ce n’était pas une obligation islamique"= voilà bien la preuve qu’il y a une diversité au sein de l’Islam ce qui devrait être rassurant non ?

 "Continuer à le porter ou se mettre à le porter est bien une affirmation politique identitaire et communautarisme"= Quand on veut abattre son chien, on dit qu’il a la rage.

"S’il ne trouble pas la laïcité au sens strict, le voile islamique trouble le vivre en commun collectif et correspond, en cela, à un trouble à l’ordre public au sens de l’article 1 de la loi de 1905"= il trouble  une conception dévoyée de la laïcité. 

"C’est d’autant plus vrai que le Guide interministériel de prévention de la radicalisation de 2016 considère qu’un nouveau comportement dans le domaine vestimentaire est considéré comme un signe de début de radicalisation. = ce n’est pas un critère sérieux et ça, tout le monde le sait. Alors, qu’attend-on avant qu’il ne soit trop tard ?"

Oui, qu’attend-on pour ne pas réagir à des propos obscènes lâchés là dans une Tribune médiatique qui enferme encore plus le musulman : c’est donc bien une rhétorique fallacieuse qui se joue de nos peurs pour attiser la haine, le mépris et l’intolérance ? La joute verbale des 100 intellectuels-parce que caricaturale et peu nuancée ne peut que  faire douter et de leurs intentions saines et de leur possibilité  à  concevoir -dans un propos nuancé et mieux abouti-un monde équilibré, une France qui intègre vraiment et  où les musulmans de France pourraient enfin trouver une  place sereine.

 

Azade

 

 

 

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