Lettre ouverte à M. le Préfet de Côte-d'Or

Lettre ouverte à M. le Préfet de Côte-d'Or

Lettre ouverte à M. le Préfet de la Côte-d'Or, 

 

Monsieur le Préfet,  

Je vous informe par la présente de mon intention  de mettre tous les moyens qui sont à ma disposition afin de soutenir un élève du Lycée le Castel à Dijon, jeune homme qui vient de se voir remettre, ce mercredi 22 mai 2019, une missive bien amère car c'est à la fois une OQTF (obligation de quitter le territoire français) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire).

Devant le désespoir et l'angoisse de cet adolescent, il est tout à fait impossible de demeurer silencieux.

En effet, comment concevoir que ce jeune homme s'en aille ainsi, rejeté manu militari par un pays où pourtant on sait très bien qu'il n'est absolument pas de trop? 

En effet, comment appréhender cette injonction sans logique, prononcée ainsi au mépris des principes qui nous gouvernent: tolérance, humanité, respect de son prochain, accueil? 

En effet, comment comprendre cette décision alors que Guimba a fait tant et tant d'efforts afin de s'intégrer? Il est en formation, il a obtenu un job d'été, il est épaulé par ses mentors.  

En effet, comment comprendre cette décision qui touche un enfant? Cet enfant aurait bien pu être le vôtre, Monsieur le Préfet.

Imaginez simplement la situation de voir un adolescent, éloigné des siens, actif dans ses choix de formation, respectueux des lois, plein de principes et honnête-un adolescent donc qui a fait tant d'efforts pour grandir et devenir ce qu'il est aujourd'hui- ainsi rejeté par un Préfet qui ne voit probablement en lui qu'un "simple dossier à traiter"? 

Non, Monsieur le Préfet cela n'est absolument pas raisonnable. 

Cela est, au contraire, totalement injuste et j'en appelle à votre clémence pour annuler cette décision qui pèsera si lourd sur le destin de Guimba. 

En écrivant cela, Monsieur, je pense aussi à d'autres, aussi brillants, aussi bons et aussi respectueux des principes de notre pays. 

Pensez-vous que la crise migratoire ne puisse se régler ainsi que par des expulsions atroces après que les enfants aient pris racine en France? Accepteriez-vous, pour vous-même, de vous voir ainsi jeté, balloté, du jour au lendemain par un papier qui vous juge et dicte votre droit à circuler ou à séjourner? 

S'il vous arrivait cela Monsieur, j'imagine que j'écrirais la même chose pour vous défendre et pourtant, vous êtes un adulte. Qu'en est-il alors de Guimba qui est encore un adolescent? 

Certains diront que nous ne pouvons accueillir la misère du monde mais quelle est notre part de responsabilité dans le maintien ou le développement de cette misère? 

Les misérables d'aujourd'hui n'ont-ils pas droit, eux aussi,  à leur once de bonheur et de sécurité? 

Je me pose la question de notre humanité et suis tout à fait scandalisée de la manière dont on traite aujourd'hui nos enfants dans ce beau pays qu'on appelle La France.

Donc, Monsieur le Préfet, il s'agit pour nous tous, de ne pas accepter cela, d'annuler cette décision car c'est une entorse grave à nos principes de liberté, d'égalité et de fraternité. 

 

Azade

 

 

 

 

 

 

 

 

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