Pour les candidats à la présidentielle : le vieux rêve d'une jeunesse encasernée

Le Pen, Dupont-Aignan, Macron et surtout Mélenchon : sur le rétablissement du service militaire, les candidats à la présidentielle font preuve d'une imagination débridée. Une obsession qui en dit long sur l'idée que ce petit monde se fait de la solidarité et du civisme.

Après Le Pen, Mélenchon et Dupont-Aignan, c’est au tour de Macron de proposer le rétablissement d’un service militaire obligatoire. Même si, dans ce dernier cas, les considérations opportunistes ne sont pas à exclure – Le Drian, en récompense, lui apporte son soutien – cette obsession politicienne pour l’encasernement des jeunes (partagée, prétend un sondage, par 74 % des Français) en dit long sur les notions de service, de solidarité, de civisme mises en avant pour justifier cette initiative.

Un mois pour Macron, trois mois pour Dupont-Aignan, trois mois également « au minimum » pour Le Pen, neuf à douze mois pour Mélenchon. Le concours Lépine de la formation citoyenne est ouvert, avec, pour la durée retenue, les initiatives les plus diverses et les plus loufoques : bilan de santé et de connaissances scolaires – un domaine où l’adjudant est effectivement beaucoup plus compétent qu’un enseignant - cours de « formation militaire élémentaire » (tir à l’arc ?), de « stratégie » (bataille navale ?) pour Macron, permis de conduire pour Dupont-Aignan, « formation militaire citoyenne théorique et pratique » (sic) pour Le Pen avec passage obligé par la sécurité civile, mais ces propositions semblent bien légères en comparaison de l’extravagant projet de Mélenchon.

Pour Mélenchon, le projet fou d'une jeunesse militarisée

Un service obligatoire de neuf à douze mois au minimum – car les volontaires pourront rempiler- ce n’est pas de trop pour former « une jeunesse au service de l’intérêt général et de la sûreté de la Nation ». Le flou de l’appellation – « service citoyen obligatoire et garde nationale » - ne doit pas masquer l’objectif d’ensemble : à partir d’une « formation militaire obligatoire », les jeunes de 18 à 25 ans se verraient versés dans des brigades de travail « militaires ou civiles » aux missions hautement exaltantes de débroussaillage, de nettoyage des fossés et de balayage des feuilles mortes. Ce que Mélenchon, expert dans la manipulation du verbe, désigne sous le terme d’activités de « transition écologique » (sic). Rémunéré au Smic, cette forme de travail forcé - qui aura en outre pour avantage de faire baisser les chiffres du chômage – vise en réalité, derrière un civisme de façade, à embrigader toute une classe d’âge, un embrigadement que Mélenchon n’hésite pas à considérer comme une composante de « la souveraineté populaire » (sic). Contrairement à ce qui est d’ailleurs avancé, le service national n’est nullement « un acquis de la Révolution française » - en quoi, au demeurant, serait-ce une justification ? – mais l’héritage d’une loi de 1905, pur produit d’une république bourgeoise empoisonnée par le militarisme.

De fait, pour Mélenchon comme pour ses partenaires de la présidentielle – difficile ici de parler d’adversaires tant les conceptions sont identiques – cette fixation sur les vertus éducatives du service militaire est surtout le signe à la fois d’une méfiance viscérale pour les jeunes, renforcée sur tout l’échiquier politique depuis janvier 2015 (cf les multiples propositions de loi visant à rétablir le service militaire) mais aussi d’une incapacité maladive à concevoir une forme de citoyenneté qui ne serait ni coercitive ni prisonnière du carcan national. Sans oublier non plus l’échec des politiciens dans le traitement du chômage des jeunes : après tout, c'est bien Hollande qui se félicite de ce que l’armée soit « le premier recruteur de contrats longs en France. »

Manifestement, ces nostalgiques de la caserne n’arriveront jamais à comprendre que la fonction première de la conscription a toujours été d’apprendre à tuer ou à se faire tuer sur ordre. La « souveraineté populaire » chère à Mélenchon a décidément une sinistre figure.

 

 

Sur un sujet voisin :

https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/101016/education-nationale-defense-nationale-les-liaisons-dangereuses

https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/210816/pour-montebourg-et-pour-le-ps-lobsession-dune-jeunesse-au-garde-vous

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.