Rentrée scolaire 2019 : dans la continuité de la rentrée 2017…

Castration et infantilisation : la récente circulaire de rentrée conforte et amplifie les habituels travers de l’Education nationale dans la gestion de ses personnels comme dans l’objectif assigné à l’école primaire. Mais est-ce une surprise ?

Castration et infantilisation : la circulaire de rentrée (28/05/2019) conforte et amplifie les habituels travers de l’Education nationale dans la gestion de ses personnels comme dans l’objectif assigné à l’école primaire. Sur ce dernier point, la priorité affichée aux « fondamentaux », aux mécanismes qu’il faudrait acquérir en préalable à tout le reste, à la « fluence », dernière lubie à la mode dans une administration sous la coupe d’un lobby qui s’autoproclame scientifique, ne doit pas faire illusion, sinon comme nouvel avatar d’une débauche de communication adressée à l’opinion publique mais dont l’école est une fois de plus l’otage et dont les écoliers seront les victimes. Avec des « recommandations » officielles ubuesques, qui prétendent faire marcher d’un même pas des enfants de 3 ans, c’est déjà une sélection larvée qui se met en place, une conséquence parmi d'autres de l’abaissement de l’instruction obligatoire, à travers un repérage d’élèves dits « en difficultés », en réalité qui ne maîtriseront pas les codes d’un système qui n’a jamais été conçu pour eux, encore moins pour leur épanouissement. Mais c’est aussi la consécration d’une philosophie de l’école prônée depuis longtemps par les traditionnalistes de toute obédience, qui fait de l’acquisition de très discutables « fondamentaux » l’objectif prioritaire et quasi unique d’une scolarité centrée sur des mécanismes – réciter, recopier, répéter, refaire – considérés comme des préalables à tout le reste. Tout le reste, c’est-à-dire la découverte de soi-même et des autres, à travers des pratiques et des pédagogies qui rendent possible l’expression de toutes les potentialités d’un élève dans un groupe, d’un élève par le groupe. La découverte du monde également, d’horizons nouveaux, condition nécessaire à l’émancipation, en dehors de laquelle l’école perd une bonne partie de sa justification. Vus sous cet angle, les fondamentaux vantés par Blanquer ont tout d’une escroquerie : confondus avec les rudiments, ils manifestent surtout l’objectif d’enfermer l’école primaire dans une conception minimaliste des savoirs et des compétences, pas très éloignée, dans son principe, d’un ordre scolaire par essence discriminatoire qui, pendant longtemps, cantonnait les enfants des milieux populaires au strict nécessaire sans espoir d’aller beaucoup plus loin.

Pour arriver à ses fins, la circulaire de rentrée se fait injonctive et comminatoire, usant d’un registre certes habituel à l’EN mais dont le poids se trouve renforcé par la multiplication des évaluations auxquelles sont soumis les élèves : « Tous les professeurs de CP et de CE1 assureront la passation des évaluations nationales pour leurs élèves (…) Tout professeur de CP et de CE1 saura tirer des bénéfices […] des documents d’accompagnement (…) Chaque école, circonscription et département doit faire l'analyse détaillée des résultats de ces évaluations (…) » etc. Des évaluations qui se confirment pour ce qu’elles sont réellement : ni sommatives ni formatives, elles sont d’abord un outil de surveillance des pratiques, de formatage des élèves et d’intimidation des personnels, ces derniers réduits au rang de simples exécutants de mesures, arbitraires et loufoques, décidées dans le secret d’un cabinet rassemblant, autour d’un ministre doctrinaire, une coterie de neuro savants. Mais ici, la doctrine passe avant la science pour aboutir à une mise au pas de tout le système éducatif, une tendance que renforcera encore la contractualisation de la fonction publique et, pour ses agents, une limitation de leur indépendance.

S’il est toutefois incontestable que la présente tournure des événements résulte de l’action décomplexée d’une personnalité dont la morgue et la brutalité paraissent sans limites, il faut aussi convenir qu’elle ne vient pas de nulle part. La longue tradition historique d’un système éducatif  pyramidal, centralisé et dirigiste étayé par une hiérarchie intermédiaire soumise à tous les caprices du moment, sans volonté propre, les habitudes d’obéissance et de conformisme toujours largement répandues sur le terrain ne sont pas pour rien dans la lourde dérive autoritaire observée ces dernières années. Pour ne rien dire de la complaisance plus ou moins affichée dont Blanquer a pu bénéficier jusqu’à une époque récente. Après tout, le ministre si unanimement décrié aujourd’hui est aussi celui qui, lors de sa nomination, en dépit d’un profil inquiétant que nul ne pouvait ignorer, s’attirait la bienveillance de toute une partie de la profession flattée par les premières mesures annoncées : suppression d’une demi-journée d’école en primaire, suspension de la réforme du collège, déclarations démagogiques sur le redoublement etc.  

Jouer les profs contre les élèves n’est jamais un bon signal.

 

 

Dans un registre voisin : "Exemplarité requise" : au tour des profs...

 

http://journaldecole.canalblog.com/

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.