Violences à l'école, violences en gilets jaunes

Si, à l'école, la violence est un interdit majeur, on peut se demander de quel poids il peut bien peser aux yeux d’écoliers et de collégiens confrontés au spectacle de la violence débridée d’un « boxeur » en gilet jaune, justicier auto-proclamé, héros momentané d’un épisode pourtant guère à l’honneur de son acteur et de ses admirateurs.

A l’école, c’est un interdit majeur : celui de la violence. Il fait l’objet d’une attention de tous les instants, d’un apprentissage de tous les jours - inlassablement répété au fil des ans - et de prescriptions officielles. Pour le socle commun (JO, 02/04/2015) : « L'élève apprend à résoudre les conflits sans agressivité, à éviter le recours à la violence grâce à sa maîtrise de moyens d'expression, de communication et d'argumentation. » Les programmes d’EMC (éducation morale et civique) de l’école primaire et du collège (BOEN, 26/07/2018) fixent, entre autres objectifs, celui d’« identifier et exprimer en les régulant ses émotions et ses sentiments (…) » Donc, à l’école, on ne frappe pas. Du moins, travaille-t-on en ce sens et les échecs, inévitables, sont toujours mal vécus par les adultes chargés de l’éducation des enfants.

Les règles étant posées, on peut se demander de quel poids ces prescriptions scolaires peuvent bien peser aux yeux d’écoliers et de collégiens confrontés au spectacle de la violence débridée d’un « boxeur » en gilet jaune, justicier auto-proclamé, héros momentané d’un épisode pourtant guère à l’honneur de son acteur et de ses admirateurs. Un épisode qui incitera à penser que l’éducation morale et civique, les grands principes moraux, l’exigence du respect d’autrui, décidément tout cela est juste bon pour faire la leçon aux enfants.

Car de quelque façon qu’on prenne la chose, quoiqu’on puisse penser par ailleurs des gilets jaunes, l’événement n’est pas à l’honneur d’une société qui l’a rendu possible, qui le tolère, pire même qui l’encourage et lui trouve des excuses. Des excuses pour un individu – ancien sportif professionnel, employé de mairie - qui n’a même celle de la misère sociale ou de la légitime défense mais qui trouve dans l’exercice de la violence la plus brutale et la plus gratuite l’occasion de se défouler et de se faire plaisir ? Des excuses pour des supporters qui ne voient pas ce qu’il peut y avoir de dégradant, d’avilissant dans ce déferlement calculé de violence contre un homme qui, même en tenue de policier… reste un homme ? Des excuses pour les initiateurs irresponsables d’une cagnotte de soutien, expression d’un dévoiement de la solidarité au profit d’une communication méprisable ? Des excuses pour un geste qui se proclame révolutionnaire alors qu’il n’est rien d’autre qu’immoral ?

Dans ces conditions, les enseignants, les éducateurs, confrontés à une situation de violence scolaire, qu’auront-ils à répondre aux élèves qui les mettront, une nouvelle fois à juste titre, en face de l’éternelle contradiction d’un monde d’adultes toujours prompts à exiger des enfants, des élèves, le respect de normes et de règles dont ils se dispensent eux-mêmes ?

De façon très significative et pas du tout contradictoire, cet épisode n’est pas sans rappeler les violences exercées il y a quelques semaines, à Mantes, contre des lycéens. Avec toujours les mêmes acteurs : des adultes irresponsables.

Un mois plus tard, je n’ai rien à changer à la conclusion de la note de blog écrite pour l’occasion :

« Les violences policières de Mantes ne tombent pas comme ça par hasard. Mais elles renvoient également à un contexte plus large qui tend à légitimer l’emploi systématique de la violence pour arriver à ses fins : celle, habituelle, de l’état mais aussi celle de la société civile. Si les images de Mantes sont insupportables, ce n’est pas pour autant qu’elles excusent les dérives d’un mouvement, d’adultes cette fois, les gilets jaunes, dont il faut s’aveugler pour ne pas voir la violence et dans une partie de la mouvance, la composante factieuse. Dérive aggravée par l’attitude, les postures irresponsables des politiciens. Quand un parlementaire (qui prétend en outre incarner le renouveau de la démocratie…) en arrive à relayer les appels au meurtre contre un dirigeant, quand la haine, clairement assumée, devient le moteur de l’action et des discours politiques, c’est un bien mauvais exemple qui est délivré aux jeunes.

Dans ces conditions, les jeunes de Mantes et d’ailleurs, frappés, maltraités, humiliés, où peuvent-ils alors trouver leurs références ? »

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