Mediapart, ses lecteurs et les gilets jaunes

Depuis plusieurs semaines, le traitement par Mediapart de l’actualité gilets jaunes laisse sans doute une bonne partie de ses lecteurs, de ses abonnés, sidérés.

Depuis plusieurs semaines, le traitement par Mediapart de l’actualité gilets jaunes laisse sans doute une bonne partie de ses lecteurs, de ses abonnés, sidérés.

Sidérés de voir que la seule haine de Macron a remplacé le débat politique, comme si la haine était un projet politique. La complexité des faits s’efface devant le cliché, le slogan, le prêt-à-penser qui a réponse à tout.

Sidérés, parce que l’événement - qui interroge la société, qui l’interpelle, qui suscite débats et questions – a fait l’objet sur Mediapart d’une information à sens unique : aucune analyse de fond, aucune enquête, pas de mise en perspective, de recul, d’un minimum d’esprit critique. La sociologie n’a pas été convoquée et lorsque l’histoire l’a été, ce fut surtout pour dérouler des chapelets d’anachronismes, visant à faire des gilets jaunes les héritiers de 1789 ou des communards. Sur les gilets jaunes, la parole n’a été donnée qu’aux gilets jaunes et à leurs soutiens politiques. Pas des plus recommandables.

Sidérés par l’aveuglement de Mediapart sur la nature du mouvement, « populaire, révolutionnaire, insurrectionnel » quand beaucoup d’autres en voient la nature factieuse. Comme si les violences policières justifiaient les pires dérives de l’action politique. Alors qu’en mai 68, 13 millions de travailleurs s’étaient mis en grève, il n’y en a à ce jour pas un seul. Mais une insurrection sans travailleurs n’est pas une révolution, juste une tentative de putsch.

Sidérés parce que dans les manifestations surtout parisiennes, Mediapart n’a pas vu ou pas voulu voir les drapeaux tricolores, les symboles identitaires. Que la Marseillaise ait remplacé l’Internationale ne l’a pas non plus troublé. Que des étrangers soient molestés non plus. Que les groupuscules d’extrême-gauche aient rejoint les milices d’extrême-droite dans une fusion annoncée (et célébrée ?) sur Mediapart avec cette ahurissante déclaration d’E. Hazan à propos de Le Pen : « les ennemis de mes ennemis sont un peu mes amis… » Que les gilets jaunes aient reçu le soutien de Trump, de Salvini, d’Erdogan, ne mérite sans doute pas non plus d’être porté à la connaissance du lecteur.

Sidérés de voir avec quelle facilité Mediapart semble accepter la plus probable des issues politiques à la crise : l’arrivée au pouvoir de Le Pen. Ou encore une alliance rouge/brun qui, de fait, ne serait pas contre nature.

Sidérés par le déferlement haineux et brutal de milliers de commentaires anonymes, les injures personnelles, venant tous de la même adresse, dont on peut légitimement se demander s’ils ne sont pas pour quelque chose dans la nouvelle ligne éditoriale de Mediapart.

Choisir un abonnement à Mediapart, c’était faire le choix d’une certaine information (et non de la pure propagande), de certaines valeurs communes (et non de l’adhésion à la ligne du parti). Ce soir, le lecteur a perdu les deux. Quelle tristesse !

 

Mise à jour (10/12/2018, 21h)

Après l'allocution de Macron, un éloge à peine dissimulé de Mdp à Le Pen et à Melenchon ! Dans un article dont l'auteur reconnaît lui-même qu'il a été écrit avant l'allocution de Macron ! https://www.mediapart.fr/journal/france/101218/pour-une-nouvelle-republique

Jusqu’où Mdp va-t-il ainsi dériver ?

 

 

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