A Aix-en-Provence, la mairie tient les instits en laisse

Rentrée scolaire paranoïaque : la maire d’Aix-en-Provence, la très droitière Maryse Joissains, a décidé de relier directement à la police municipale tous les enseignants et tous les personnels des écoles primaires de la ville. Rien de bien nouveau quand on connaît le pedigree de cette édile. Plus inquiétant : les enseignants n'y trouvent pas d'objection...

Dernière initiative en date dans la paranoïa sécuritaire autour de l’école : après les caméras de surveillance, après la fouille des sacs et l’interdiction des attroupements à l’entrée des établissements et en attendant les exercices anti-intrusion (sic), la maire d’Aix-en-Provence, la très droitière Maryse Joissains, a décidé de relier directement à la police municipale tous les enseignants et tous les personnels des écoles primaires de la ville : un système d’alarme élégamment porté au poignet (genre vigile) ou autour du cou (genre chien de garde), explique fièrement le « coordinateur éducation » de la mairie (car il existe) ; une pression sur un bouton déclenche l’alerte chez les policiers municipaux qui ne manqueront pas d’intervenir courageusement dans les meilleurs délais. Et avec la même efficacité que sur la promenade des Anglais un soir de 14 juillet… Coût de cette aimable plaisanterie : 160 000 euros pour les 74 écoles concernées, qui après cela n’auront sans doute pas le mauvais goût de réclamer le remplacement du vieux vidéoprojecteur ou l’installation de panneaux de basket sur la cour de récré. Il faut savoir choisir ses priorités. Et puis, à Aix-en-Provence, on n’est quand même pas à Marseille où, dans certaines écoles, les faux plafonds laissent passer la pluie et les rats circulent librement dans les couloirs. Question de priorités, toujours.

Bien sûr, à défaut d’arrêter les terroristes, ce dispositif pourra toujours être utilisé à d’autres fins, par exemple « contre les parents mécontents », comme ne manque pas de s’en réjouir une directrice d’école, manifestement très satisfaite, à l’instar de ses collègues, qui, du moins pour certains d’entre eux, accueillent cet outil « avec enthousiasme ». On a les réflexes pédagogiques qu’on peut, notamment au Snuipp Fsu, syndicat majoritaire dans le primaire, pour qui - selon sa secrétaire générale, Francette Popineau – « le dispositif n’a rien d’excessif ». C’est le même Snuipp qui, en janvier 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo, estimait que « l’école avait joué son rôle » en conduisant au commissariat un enfant de 8 ans accusé d’ « apologie de terrorisme ». Le même Snuipp qui, depuis un an et demi n’a jamais eu un mot pour dénoncer la lourde dérive sécuritaire imposée à l’école par son administration de tutelle. Il faut dire qu’au niveau de la fédération, la FSU, première formation syndicale de la fonction publique, on ne s’est guère montré plus réactif : dans le volumineux dossier de presse de rentrée du syndicat (18 pages), on chercherait en vain la moindre réserve, la moindre interrogation – à défaut de dénonciation - sur la brutalisation dont le système éducatif fait l’objet sous couvert de lutte contre le terrorisme, à travers cette « culture commune » police/école vantée par la ministre de l’Education nationale et son collègue de l’Intérieur.

De façon très significative, mais qui ne semble guère heurter les syndicats d’enseignants, la politique de bunkerisation des établissements scolaires initiée au niveau national, se conjugue au niveau local avec les obsessions sécuritaires qui sont de longue date celles de la droite extrême au pouvoir dans les régions, les départements ou, comme à Aix, dans les communes ; des obsessions bien antérieures aux attentats, attentats-prétextes, instrumentalisés pour légitimer les pires projets éducatifs et politiques. Estrosi en PACA et ses portillons de sécurité, Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes et son projet (avorté pour l’instant) de portiques de détection à l’entrée des lycées, le très agité Retailleau dans les Pays de la Loire, qui fait la tournée des lycées de la région avec une cagnotte de 2 millions d’euros en dispositifs divers de surveillance, une somme prise évidemment sur les autres postes de dépense : autant de démarches, toujours largement médiatisées, qui ont surtout pour objet d’entretenir la peur du terrorisme, la méfiance pour les millions d’habitants de ce pays qui se reconnaissent comme musulmans et au final, de légitimer l’avènement prochain d’un régime autoritaire.

Le recteur d’Aix-Marseille approuve la mesure prise à Aix, « une initiative locale qui améliore la protection et va donc dans le bon sens ». En réalité une initiative qui comme toutes celles du même genre ne protège pas les élèves mais va incontestablement dans un certain sens. Et pourtant, face à cette surenchère qui touche l’école, la société civile et les enseignants, majoritairement, en tout cas, se réfugient dans un silence complice.

 

Actualisation (17/09/2016) : Le Monde explique, qu’à Aix, dans le cadre d’un « exercice de simulation » organisé jeudi, la police municipale (pas du tout prévenue à l’avance, on vous l’assure) a mis 5 à 7 minutes pour intervenir, la BAC un quart d’heure. Pour le GIGN comptez quelques heures.  Les parents sont donc rassurés... Les terroristes également : à moins de se prendre les pieds dans le tapis, la géniale innovation de la mairie confirme qu’ils peuvent prendre tout leur temps pour tirer.

D’après l’article du Monde, il semblerait que le Snuipp commence à se poser des questions. Mais pas trop fort quand même...

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/09/17/un-biper-pour-proteger-l-ecole-du-terrorisme_4999250_3224.html

 

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