B. Girard
"Au lieu de se surveiller, l'éducateur surveille les enfants et c'est leurs fautes qu'il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
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Billet de blog 17 avr. 2020

B. Girard
"Au lieu de se surveiller, l'éducateur surveille les enfants et c'est leurs fautes qu'il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
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Coronavirus. Dr Folamour au Conseil scientifique

Auditionné le 15 avril par le Sénat, le président du Conseil scientifique explique qu’à partir du 11 mai, 18 millions de personnes « à risque » devront rester enfermées pour une période indéterminée, peut-être jusqu’à Noël, peut-être jusqu’à 2021. Les sénateurs ne bronchent pas. Autant que la proposition folle du professeur en question, ce silence interpelle.

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Auditionné le 15 avril par le Sénat, le « professeur »(sic) Delfraissy, président du Conseil « scientifique »(sic), explique doctement qu’à partir du 11 mai, 18 millions de personnes « à risque »(sic) devront rester enfermées pour une période indéterminée, le temps de trouver un traitement ou un vaccin, peut-être jusqu’à Noël, peut-être jusqu’à 2021. Les élus de la haute assemblée ne bronchent pas. Autant que la proposition folle du professeur en question, ce silence interpelle.

La première phase du confinement, imposé à tous – jusqu’au 11 mai inclus – avait officiellement pour objet de ralentir la progression du virus. Avec l’annonce d’un confinement « progressif » et ciblé, le dispositif change de nature : il ne s’agit plus de protéger l’ensemble d’une population mais de surveiller une partie d’entre elle désignée arbitrairement comme « à risque ». Arbitrairement, car s’appuyant principalement sur des critères d’âge dont ce savant professeur n’a toujours pas démontré la pertinence. Arbitrairement, surtout, car une telle mesure discriminatoire se fonde sur une vision infantilisante d’une classe d’âge définitivement enfermée dans un jugement dépréciatif : les vieux, les  aînés, les seniors (on dit souvent « nos vieux », « nos aînés », « nos seniors », un peu comme si, déjà, ils ne s’appartenaient plus à eux-mêmes), incapables de se prendre en charge et qu’il faut donc protéger malgré eux, les protéger d’eux-mêmes, les tenir par la main non dans un geste  d’affection mais comme on tient un enfant par la main pour traverser la rue. Ce qui n’a pas la même signification. De vieux sage qu’il était parfois dans certaines sociétés anciennes (avec, certes, tous les abus d’autorité que cette notion pouvait recouvrir, sans oublier non plus que les vieux cons sont de tous les temps), le vieux médicalisé n’est plus qu’un vieux tout court.

D’une certaine façon, le discours d’autorité sur les personnes âgées, avec les normes sociales et morales qu’il sous-tend, n’est pas sans rappeler l’état d’esprit très répandu dans les années 60-70, chez quelques vieux messieurs farouchement opposés à la libre disposition de son corps par la femme. Cette curieuse époque où, lorsqu’une femme avait recours à l’avortement après avoir été violée, c’était elle qu’on emprisonnait et non son violeur. Avec la meilleure conscience du monde et les meilleurs arguments moraux, médicaux et scientifiques. En 2020, peut-être y a-t-il matière à s’inquiéter de voir la lutte contre une épidémie inspirée par un conseil scientifique dominé par des médecins si peu sensibles aux conséquences de leurs préconisations : les vieux qui se laissent mourir de tristesse et de désespoir dans les maisons de retraite et les Ehpad, dans quelle catégorie seront-ils comptabilisés ? Comme victimes du virus ou d'un confinement stupide et inhumain ?

Poser cette question n’équivaut nullement à remettre en cause toute forme d’action publique, de lutte contre une épidémie qui, à juste titre, inquiète. Ce n’est pas être indifférent aux souffrances des malades, au dévouement des soignants que de poser la question de l’équilibre entre les bénéfices et les coûts de mesures prises dans un contexte donné. Ce n’est pas faire preuve d’égoïsme que de s’alarmer de la potentielle dérive d’un confinement sanitaire vers un confinement moralisateur qui sent ses dames patronnesses. La santé publique n’autorise pas tout, à commencer par s’essuyer les pieds sur les libertés les plus élémentaires.

18 millions de personnes « à risque » confinées indéfiniment, réclame ce savant professeur. 18 millions de citoyens, peut-on lui rétorquer. Sous l’Ancien régime, cette logique d’enfermement était celle des lettres de cachet, symboles de l’arbitraire du pouvoir sur des habitants qui n’étaient pas des citoyens, juste des sujets. Ce qui, si les mots ont encore un sens, devrait pourtant changer la donne.

Lancée par Jean-Pierre Rosenczveig, une pétition attend les signatures.    Une autre également.

http://journaldecole.canalblog.com/

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