A Nice, Estrosi traque le terrorisme dans les kermesses scolaires

Pourquoi se priver d’exploiter un filon qui ne s’use pas ? La décision du maire de Nice, Estrosi, d’interdire dans sa ville les fêtes d’école de fin d’année – officiellement d’en interdire l’entrée à tout adulte extérieur à l’école, ce qui revient au même – n’est après tout qu’un pas supplémentaire dans l’anesthésie de la société civile, une situation à laquelle elle semble massivement consentir.

Pourquoi se priver d’exploiter un filon qui ne s’use pas ? La décision du maire de Nice, Estrosi, d’interdire dans sa ville les fêtes d’école de fin d’année – officiellement d’en interdire l’entrée à tout adulte extérieur à l’école, ce qui revient au même – n’est après tout qu’un pas supplémentaire dans l’anesthésie de la société  civile, une situation à laquelle elle semble massivement consentir.

Que des individus normalement constitués puissent accepter l’idée qu’une fête d’école serait la cible privilégiée de l’état islamique - surtout quand, dans le même temps, les matchs de foot prévus à Nice dans le cadre de la coupe d’Europe, eux ne sont pas annulés – tout cela est certes ubuesque et irrationnel, comme la plupart des mesures adoptées ces derniers mois sous couvert de lutte anti-terroriste ; il n’empêche que l’ubuesque et l’irrationnel sont devenus la norme à ce détail près que pour ses initiateurs faire perdurer un sentiment d’inquiétude n’a rien d’absurde : c’est même devenu un mode de gouvernement.

Avec les violences policières de ces derniers jours, les abus administratifs (comme les interdictions préventives de manifester), la cannibalisation de l’espace médiatique par le ministre de l’Intérieur, les lourdes peines de prison prononcées par une justice aux ordres, s’est confirmé – pour ceux qui n’en étaient pas encore persuadés – que l’état d’urgence avait un tout autre objectif que la lutte contre le terrorisme : pour les pouvoirs publics, dont l’incompétence n’est plus à démontrer, il s’agit en réalité de traiter les problèmes sociaux sous un angle exclusivement répressif et policier. Les blessures physiques infligées aux manifestants ne résultent pas de « bavures » policières, elles sont l’expression d’une politique délibérément mise en œuvre par un pouvoir qui n’a pas d’autres perspectives que la fuite en avant autoritaire et policière. Une dérive anti-démocratique qui ne semble susciter qu’une très marginale opposition mais finalement bien dans les gènes de ce pays auto-proclamé des droits de l’homme, pour lequel la défense des libertés publiques n’a jamais fait l’objet d’un engagement massif de la population. Que la critique de l’action policière vienne aujourd’hui de l’extérieur des frontières (ONU, Conseil de l’Europe) en dit plus qu’un long discours sur la complaisance d’une large partie de l’opinion pour un régime autoritaire qui n’a même pas besoin de l’extrême-droite pour prendre corps.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la décision du maire de Nice et le silence assourdissant des enseignants et de leurs organisations représentatives devant ce climat anxiogène, ce mur de peur que les autorités et les élus édifient autour de l’école depuis janvier 2015, cette « culture » sécuritaire que la ministre de l’EN se vante de partager avec son collègue de l’Intérieur. Petit rappel : déjà en janvier 2015 et déjà à Nice, un enfant de 8 ans, dénoncé par son directeur d’école avait été conduit au commissariat pour « apologie de terrorisme »… avec l’approbation du Snuipp, syndicat majoritaire dans l’enseignement primaire, qui avait alors estimé que « l’école avait fait ce qu’il fallait ». Après tout, les enseignants niçois sont des Français comme les autres…

Pour l’instant, seuls des parents ont réagi à la décision d’Estrosi : une pétition est en ligne.

 

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