De Villiers : le symbole qu'on ne veut pas voir

Une photo comme un symbole : celle de de Villiers quittant le ministère de la Défense sous les applaudissements des gradés ameutés pour la circonstance. Quel symbole, effectivement mais comme tout symbole, cette photo méritait sans doute une autre grille de lecture, dont on chercherait en vain la trace dans les commentaires surréalistes qui accompagnent l’affaire.

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Une photo comme un symbole : celle de de Villiers quittant le ministère de la Défense sous les applaudissements des gradés ameutés pour la circonstance. Et quel symbole ! Un brave général, qui aurait consacré sa vie à la défense de son pays, faisant le choix de sa conscience contre sa carrière en démissionnant. 34 milliards d’euros, un budget porté à 50 milliards d’euros dans quelques années, c’est notoirement insuffisant. C’est parce que la vie de « ses hommes » n’a pas de prix, la « souveraineté nationale », le « rang de la France » non plus que de Villiers se retire, sous les applaudissements de la foule et des politiciens unanimes.

Quel symbole, effectivement mais comme tout symbole, cette photo méritait sans doute une autre grille de lecture, dont on chercherait en vain la trace dans les commentaires surréalistes qui accompagnent l’affaire : derrière l’homme, s’avançant comme un héros, un arrière-plan – les bâtiments du ministère de la Défense - dont personne n’a pris le soin de rappeler qu’il était par lui-même un scandale.

Coût de cette construction, « l’Hexagone Balard » comme on l’appelle, inaugurée en 2015 : un chantier à plus de 4, 3 milliards d’euros qui aura dépassé toutes les prévisions, crevé tous les plafonds. Conçu sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP), il fait le bonheur de l’opérateur privé (Bouygues Thalès et quelques autres) et le malheur du contribuable condamné à lui payer chaque année, pendant 27 ans, la modeste somme de 154 millions d’euros ! Le Canard Enchaîné (29/04/2015) avait relevé, dans une indifférence générale, quelques menues dépenses liées à son déménagement (une opération à 10 millions d’euros) : 13 600 euros pour une imprimante et un scanner, des prises de courant à 2274 euros l’unité et d’autres facéties du même tabac. Si rien n’est trop beau ni trop cher lorsqu’il s’agit du « rang de la France », on est quand même autorisé à se demander en quoi ces sommes déboursées sans compter garantissent la sécurité des habitants – c’est théoriquement la fonction d’une armée -  ou même celle des soldats – « la vie de ses hommes » - arguments mis en avant par de Villiers et sa cohorte de suiveurs pour réclamer toujours plus de crédits.

« La vie de ses hommes » ? Une formule rabâchée comme un mantra par les galonnés pour éviter d’avoir à s’attarder sur le fait qu’à la guerre ce sont principalement « les hommes » qui meurent et non les généraux. Mais la photo du brave général sortant du ministère, comme d’ailleurs tous les tableaux du genre, n’en dira rien. De Villiers un héros qui aurait risqué sa vie pour la sécurité de ses concitoyens ? La vérité est sans doute moins glorieuse. Comme tous les gradés, de Villiers a passé le plus clair de sa carrière militaire dans de confortables bureaux. On le trouve bien épisodiquement au Kosovo (1999) ou surtout en Afghanistan (2006-2007), un épisode peu reluisant, qui à l’instar de toutes les autres interventions militaires, servira surtout comme vitrine d’exposition aux industriels de l’armement et coûtera la vie à 90 soldats français, très jeunes pour la plupart, à qui l’on n’avait sans doute pas expliqué avant qu’ils ne signent leur contrat, que leur métier consistait à tuer ou à se faire tuer sur ordre. 90 soldats tués mais de Villiers, leur chef, est toujours vivant. « La vie de ses hommes », dit-il… C’est juste bon pour la photo de sortie.

Cette pantalonnade militaro-politique – dans un contexte totalement irrationnel - confirme qu’en France, l’armée et la guerre sont décidément des tabous. Sur des sujets comme la paix et la guerre, les relations internationales, les dépenses publiques, la hiérarchie militaire impose ses vues à toute la société civile, une sorte de putsch permanent. Et même si les partis de gauche se sont depuis longtemps convertis au nationalisme et au militarisme, il y a quand même de quoi s’inquiéter de voir ses leaders et ses militants, tellement obsédés par Macron, se ranger derrière un galonné factieux, pur produit du lobby militaro-industriel, contre le pouvoir civil légalement élu.

Restera à payer le prix de cette inconséquence.

 

Voir également : https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/170717/le-chef-detat-major-des-armees-macron-il-ne-faut-pas-desesperer-dassault

 

 

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