Au terrorisme, les candidats reconnaissants

Même si l’on ne va pas jusqu’à dire que c’était cousu de fil blanc, l’attentat des Champs-Elysées n’est pas une surprise. En premier lieu, parce qu’il vient confirmer toute l’inanité, toute la vanité de la politique anti-terroriste menée depuis plus de deux ans. Ensuite, parce qu’en fins connaisseurs de la vie politique française, les terroristes ont su choisir le bon timing.

Même si l’on ne va pas jusqu’à dire que c’était cousu de fil blanc, l’attentat des Champs-Elysées n’est pas une surprise. En premier lieu, parce qu’il vient confirmer toute l’inanité, toute la vanité de la politique anti-terroriste menée depuis plus de deux ans : des vantardises à n’en plus finir, une surveillance généralisée de la population … à l’exception des terroristes, une croyance aveugle dans les vertus de la guerre pour ramener la paix au Proche-Orient. Après tout, par bien des côtés, cet attentat peut apparaître comme le contrecoup des bombardements chimiques d’Assad en Syrie, du contre-bombardement américain, en attendant les contre-représailles et les contre-contre-bombardements qui suivront immanquablement. Qu’attendre d’autre d’une culture de guerre profondément ancrée dans les esprits ?

Ensuite, parce qu’en fins connaisseurs de la vie politique française, les terroristes ont su choisir le bon timing. Même si la chose n’était pas spécialement difficile, tant les politiciens ont déjà eu l’occasion de montrer à quel point le terrorisme pouvait être utile à leur petite carrière personnelle, à leurs médiocres ambitions. A ce petit jeu, ce sont une fois de plus Le Pen et Fillon qui se sont montrés les plus bruyants, les plus indécents, exploitant avec une satisfaction à peine dissimulée la mort d’un homme, une mort dont ils attendent avec impatience quelques bulletins de vote supplémentaires. Une nature de charognards.

La conclusion de la présente campagne électorale est à l’image de ce que celle-ci a été depuis le début : sordide, notamment à cause de la part qu’y ont prise les préoccupations identitaires qui n'avaient pas besoin de ce nouvel attentat pour être ravivées. Rares sont les débats, les meetings, au cours desquels le roman national n’a pas été utilisé, Le Pen et Fillon tout spécialement s’enfermant dans d’invraisemblables digressions sur la Rafle du Vel’ d’Hiv (dans laquelle les autorités françaises n’ont aucune responsabilité), la colonisation (un bienfait pour l’Afrique), les protestants (des ennemis de l’intérieur…) ou encore l’école qui se voit attribuer comme mission prioritaire celle de faire aimer la France. Pour la plupart des candidats, savoir d’où l’on vient l’emporte en urgence sur savoir où l’on veut aller et rares sont les candidats qui n’ont pas jugé nécessaire d’étayer leur campagne par les symboles nationaux, histoire, sans doute, de faire oublier l’indigence de leur projet. Des projets obsessionnellement tournés vers le passé, mais que 46 millions d’électeurs sont appelés à cautionner.

Ces terroristes, on en finirait presque par leur élever une statue.

 

 

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