Européennes : la lourde défaite du populisme de gauche

Avec sa victoire aux Européennes, l’extrême-droite française confirme sa banalisation dans le jeu politique, dans un contexte qui ne pouvait que lui être favorable : celui du populisme engendré ou renforcé par le mouvement des gilets jaunes.

Avec sa victoire aux Européennes, l’extrême-droite française confirme sa banalisation dans le jeu politique mais aussi la place singulière qu’elle occupe en Europe. Une honte certes, mais pas une surprise dans un pays qui, historiquement est un terreau de l’extrême-droite, comme l'a déjà montré Zeev Sternhell (1). Pas une surprise non plus car venant dans un contexte qui ne pouvait que lui être favorable : celui du populisme engendré ou renforcé par le mouvement des gilets jaunes. Un mouvement résolument identitaire, europhobe affiché, souvent brutal et anti-démocratique dans son expression, peu regardant sur la nature des représentations qu’il met en œuvre : six mois de rassemblements aux accents de la Marseillaise, derrière des marées de drapeaux tricolores ; six mois de slogans faciles (Macron démission), d’analyses tronquées (les gilets jaunes, représentants d’un mouvement social de masse).

Un mouvement amplifié par le sidérant aveuglement d’une certaine gauche égarée par une histoire politique et sociale mal digérée qui lui fait faire des gilets jaunes les héritiers des révolutionnaires de 1789 ou des Communards ; une gauche fourvoyée dans des projets irrationnels autour d’une convergence des luttes dont on n’a jamais vu la couleur ;  une gauche qui n’a jamais su rompre les liens avec une mouvance dite d’extrême-gauche (mais en réalité pas si éloignée de l’extrême-droite) dont l’unique objectif est le renversement du pouvoir, quelle qu’en puisse être la suite ; mais une gauche également paralysée par de médiocres calculs politiciens (et qui n’en finit pas de traîner la FI comme un boulet). Une gauche sans stratégie politique, sans projet social. Des errements qui conduisent à l’impasse.

Aujourd’hui, la victoire de l’extrême-droite, qui a résolument mené une campagne xénophobe (2) voire raciste, est aussi la défaite d’un populisme de gauche qui n’a pas hésité, pendant six mois, chaque samedi, à s’afficher sans complexe aux côtés de l’extrême-droite, à reprendre une partie de ses slogans. « Les ennemis de mes ennemis sont un peu mes amis », pouvait-on lire sur Mediapart il y a quelques mois. Et maintenant ?

 

(1) - « La volonté de rupture de l’ordre libéral est le fil conducteur qui unit la révolte boulangiste des blanquistes, anciens communards et radicaux d’extrême-gauche, à celle, fascisante ou déjà pleinement fasciste, des néo-socialistes, des frontistes ou des hommes du parti populaire français. Pour les uns comme pour les autres, ce qui compte véritablement, ce n’est pas la nature de la révolution, mais le fait révolutionnaire. Pour les uns comme pour les autres, la nature du régime qui succédera à la démocratie libérale importe beaucoup moins que la fin de cette même démocratie libérale. » Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, L’idéologie fasciste en France, Gallimard, 2012.

(2) - Une comparaison édifiante avec l'Allemagne : c'est l'Allemagne qui accueille les réfugiés mais c'est la France qui vote à l'extrême-droite...

 

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