Racketteurs de banlieue contre gilets jaunes : les élus font leur choix.

Face à des contestataires à l’indignation sélective qu’on n’a jamais vus jusqu’à présent remettre en cause l’ordre politique et social, la veulerie des élus et des politiciens de tout bord, leurs médiocres calculs ne sont certes pas le signal d’un renouveau démocratique.

Il y a quelques jours, le très à droite maire des Sables d’Olonne (Vendée) recevait les gilets jaunes à la mairie. Gros succès, applaudissements nourris pour ce sympathisant de Dupont-Aignan, cet habituel vaincu du suffrage universel qui, avec constance, cherche à se refaire une réputation dans la défense des voitures, des motos, des poids lourds, des gros tracteurs, bref, de tout ce qui roule, pollue, coûte cher et permet de bloquer les routes. Avec la dénonciation obsessionnelle des migrants, voilà un programme politique propre à flatter une large partie de l’électorat.

De fait, la défense de l’automobiliste – qui se cache derrière chaque électeur – semble prioritaire chez cet élu local.  Ouest France rappelle qu’il y a quelques années, cet ancien magistrat (donc proche du peuple…) dénonçait dans un livre le scandaleux acharnement de la justice contre les conducteurs, une justice qui, au contraire, se montre tellement complaisante pour les « racketteurs de banlieue… » Vous suivez ? Des conducteurs qui ne font jamais que mettre en danger la vie d’autrui traités comme des délinquants ? Comme de la racaille (nécessairement de banlieue, car chacun sait que la racaille n’existe pas dans le bocage vendéen) ? Inadmissible, n’est-ce pas. Un discours propre à faire chaud au cœur des gilets jaunes, tout heureux de se sentir « compris » par un maire qui se refuse à céder au « terrorisme intellectuel ». Des racketeurs de banlieue ? Des juges qui condamnent les délinquants de la route ?

Car, pour faire sens, cette opération publicitaire (complaisamment relayée par la presse locale) doit d’abord être replacée dans le contexte local, celui d’un département qui paye chaque année un lourd tribut à la délinquance routière : un mort chaque semaine sur les routes vendéennes, des vies brisées, un tribut mortifère qui ne doit rien à la fatalité mais au comportement irresponsable de conducteurs souvent alcoolisés, de délinquants, de criminels pour quelques-uns, qui feraient presque passer les « racketteurs de banlieue » pour des enfants de chœur… Avec cette différence notoire que les premiers votent, ce qu’un élu, local ou non, ne saurait négliger, au prix de toutes les compromissions. Alors que, dans la foulée des gilets jaunes, les destructions de radars routiers se multiplient (mais toujours aucune contestation pour les caméras de surveillance…), le maire des Sables d’Olonne aura peut-être des comptes à rendre lors du prochain accident mortel sur les routes de Vendée. Ce qui ne saurait tarder.

De façon très significative, ce mélange de populisme (qui confond le peuple et la rue) et de clientélisme (qui assimile la démocratie à la satisfaction d’un petit groupe d’électeurs), vient de donner sa pleine mesure au Sénat qui, n’écoutant que le cri du peuple (et celui des grands électeurs à qui ses membres doivent leur confortable siège), vient de voter l’annulation de la hausse de la fiscalité sur les carburants décidée par Macron. Or, il se trouve qu’il y a juste un mois, à l’initiative d’un autre élu vendéen, Retailleau, qui n’a toujours pas digéré l’épisode de NDDL, cette même assemblée avait adopté une proposition de loi « visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs », autrement dit à réprimer plus sévèrement les responsables de troubles sur la voie publique. Le débat avait donné lieu à la litanie habituelle sur les zones de non droit, le respect de la loi, les territoires perdus de la république etc. Il faut croire que les exactions et les violences imputables aux gilets jaunes ne faisaient pas partie de la liste, puisque loin de sanctionner les blocages, les destructions, le vandalisme, les débordements racistes ou homophobes, les élus de la république ont fait le choix - en satisfaisant ce qui reste la première revendication du mouvement - d’en récompenser les auteurs.

Face à des contestataires à l’indignation sélective qu’on n’a jamais vus jusqu’à présent remettre en cause l’ordre politique et social, la veulerie des élus et des politiciens de tout bord, leurs médiocres calculs ne sont certes pas le signal d’un renouveau démocratique.

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