Les quinze premiers jours de Blanquer : comme un air de revanche

Il n’aura pas fallu quinze jours au nouveau ministre de l’Education nationale pour faire comprendre qu’avec lui, une brutale réaction était à l’œuvre, dans la ligne de ce que lui-même et son très controversé directeur de cabinet avaient déjà annoncé à SOS Education.

Il n’aura pas fallu quinze jours au nouveau ministre de l’Education nationale pour faire comprendre qu’avec lui, une brutale réaction était à l’œuvre, dans la ligne de ce que lui-même et son très controversé directeur de cabinet avaient déjà annoncé à SOS Education. Sur les rythmes scolaires en primaire, sur la réforme du collège, sur les redoublements, sur les programmes officiels (notamment ceux d’histoire), l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire sous le gouvernement Fillon ne laisse planer aucun doute : c’est le vent de la revanche qui souffle sur l’école, une revanche sur de pourtant bien timides réformes menées à reculons par le précédent gouvernement.

L’ambiguïté, le flou de la formulation ne doivent pas masquer le fond de la pensée. Les communes autorisées à revenir à la semaine Darcos (4 jours travaillés en primaire) : si elles le souhaitent uniquement. Comprenons que si elles le souhaitent, les communes pourront supprimer d’un trait de plume les activités périscolaires et priver par là-même toute une catégorie d’élèves d’un enrichissement éducatif (ouverture culturelle, sportive etc) dont seuls les plus aisés pourront bénéficier. Retour des classes bilangues, priorité accordée aux langues mortes : là encore, les établissements qui le désirent pourront rétablir leurs filières sélectives avec la meilleure conscience du monde. Le redoublement, spécificité française encore massivement utilisée jusqu’à 2014 (et qui n’a d’ailleurs pas disparu aujourd’hui quoiqu’on prétende) se voit à nouveau promu comme « solution » (parole de ministre). Une solution à quoi ? Outre qu’on n’a encore jamais vu le redoublement s’appliquer à un enfant de ministre ou à un enfant d’enseignant (ou à un élève latiniste…), la procédure n’a jamais fait la preuve de son efficacité comme outil de remédiation de difficultés scolaires. Si l’année perdue par le redoublant l’est définitivement, il ne fait en outre guère de doutes que le redoublement est une étape majeure dans la sélection précoce des élèves, surtout si elle intervient tôt dans la scolarité. De façon très significative, Blanquer semble ne faire aucun cas des cycles créés par la dernière loi d’orientation qui, précisément, parce qu’ils étalent les apprentissages sur une plus longue période (trois années scolaires), constituent une alternative valable au redoublement. Le ministre peut bien affirmer la main sur le cœur qu’il ne sera pas l’homme d’une nouvelle loi scolaire, il semble par contre bien parti dans l’entreprise de démantèlement de la loi existante. Que certains établissements fassent le choix de se débarrasser de la loi d'orientation de 2013, voilà pour Blanquer le mérite - et la définition toute personnelle - de l'autonomie.

Le reste des déclarations relève de la communication dans le plus pur mode sarkozyen : à chaque semaine, à chaque mois, son annonce qui fera pendant quelques jours les délices du Café du commerce. Ainsi des « devoirs faits » - ou comment couler dans une formule choc, fortement connotée, le problème réel de l’appropriation, de l’assimilation du cours par l’élève. Ou encore, dernière annonce en date, celle de l’interdiction des portables dans les établissements : outre que personne ne demande au ministre de légiférer sur un sujet qui n’est pas de son ressort, il sera piquant de voir comment il compte s’y prendre pour faire respecter une mesure qui concerne aujourd’hui – qu’on le veuille ou non – l’intimité quotidienne de plusieurs millions d’élèves. Peut-être une fouille corporelle tous les matins ?

Une dernière chose : alors que l’autonomie vantée par le ministre s’apparente davantage à un autoritarisme qu’à une véritable responsabilisation des acteurs ; alors que le projet éducatif, organisé autour de ce qui ressemble déjà une sélection sociale des élèves, s’affiche ouvertement réactionnaire, les organisations syndicales, pour ce qui les concerne, ne se montrent pour l’instant guère réactives. Mais l’avaient-elles vraiment été pendant le quinquennat de Sarkozy ?

 

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