Lettre ouverte à Marie-Pierre Pé, directrice du CIFOG

Suite à l'enquête de L214 sur le gavage des canards et des oies en Dordogne, Marie-Pierre Pé, directrice du Comité Interprofessionnel du FOie Gras, CIFOG, s'est sentie obligée de réagir. Sur France Bleu Périgord, le 17 décembre dernier.

Vos propos, Madame, ne sont pas recevables. Pour plusieurs raisons.

L214 n'a aucun intérêt personnel dans cette enquête. Son seul but est que soit mis un terme aux pratiques sadiques et barbares des élevages industriels.

En revanche, vous-même et les professionnels du foie gras avez beaucoup d'intérêts à défendre, notamment celui d'étendre votre marché jusqu'à la Chine, dans une totale indifférence, voire mépris, des considérations d'ordre énergétique et environnemental et de continuer à profiter financièrement de cette aubaine : utiliser un animal vivant et sensible mais sans défense pour grossir son foie de façon démesurée pour donner un plaisir gustatif éphémère à quelques palais humains.

A propos du reportage, vous parlez de "mise en scène" et d'"images ignobles". Il s'agit pourtant bien (et vous le reconnaissez finalement) de tortures infligées aux animaux. Preuves sont faites depuis longtemps qu'ils sont capables de ressentir de la terreur et de la souffrance physique, comme ils peuvent aussi éprouver de la joie et du plaisir. Ils sont aussi dotés de capacités cognitives et volitives. De nombreux chercheurs, véritables scientifiques qui observent pour comprendre et savoir, à l'Université de Trente, de Bristol, à l'Institut de recherche de biophysique au Royaume-Uni et dans bien d'autres lieux encore, l'ont démontré.

Vous prétendez que ce reportage est l'oeuvre de "vegans" et d'"anti-spécistes" qui veulent seulement un monde sans viande et sans élevage.

Non, madame, même s'il existe, comme partout, des gens un peu extrêmes, la grande majorité des personnes et dont je fais partie ne souhaitent qu'une chose : qu'on en finisse avec la cruauté sans conscience, génératrice de souffrances atroces à l'encontre des animaux qui nous donnent tant pourtant! 

Loin d'être antispéciste (je n'aime pas le mot anti, je préfère le mot pour), je me demande seulement comment l'être humain, qui a pourtant reçu le titre honorifique d'homo sapiens puisse en être arrivé à une telle barbarie au nom de la sacro-sainte consommation et du profit à tout prix. Le titre d'homo predator lui conviendrait mieux, vous ne pensez pas ?

Sachez, madame, que dans certains pays, ces pratiques sont déjà interdites. Le foie gras est interdit dans l'Union européenne à l'exception de 5 pays dont la France. En Californie, le gavage est aboli depuis un an.

Au lieu de se reposer sur des lauriers fanés, décrépis, de certaines "traditions", nombre de producteurs auraient sûrement intérêt à faire preuve d'imagination et de se reconvertir dans d'autres activités, plus "éthiques", plus conformes aux grands mouvements qui s'opèrent de nos jours dans le domaine de l'agriculture et de l'élevage respectueux des écosystèmes, de la sensibilité et des performances animales.

Que cette nouvelle année vous apporte de nouvelles connaissances, Madame Pé, ainsi qu'aux producteurs que vous représentez.

 

 

 

 

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