Le mythe du péril algérien : une fiction politique
Dans les sorties répétées de Bruno Retailleau contre le consulat algérien de Toulouse ou la délivrance de passeports à des ressortissants algériens, on retrouve toute la mécanique du mythe. Comme Don Quichotte confondait des auberges avec des châteaux, Retailleau voit dans chaque procédure administrative algérienne une menace existentielle pour la République française.
Mais cette posture caricaturale n’est pas anodine : elle repose sur une stratégie bien rodée, celle de la politique de l’épouvantail, où l’on exagère un danger pour justifier une radicalisation du discours. Et comme dans les romans de chevalerie, la réalité est sacrifiée au profit de la narration. Retailleau n’analyse pas, il scénarise.
L’ombre de l’Algérie contre la lumière des partenariats
Pendant que Retailleau agite ses spectres, l’Algérie avance. Première puissance gazière de la rive sud, acteur clé du dialogue euro-africain, médiateur régional dans les crises du Sahel et partenaire stratégique de Rome, Alger s’inscrit dans la réalité tangible.
Mais cette Algérie réelle, moderne et souveraine, ne rentre pas dans le récit de Retailleau. Il lui préfère une Algérie figée, fantasmée, éternelle menace, une image d’Épinal post-coloniale qu’il agite pour nourrir ses croisades politiques.
Un Don Quichotte sans poésie, mais avec calcul
Là où Don Quichotte se battait par idéalisme et folie douce, Retailleau agit par calcul et stratégie. Chaque attaque contre l’Algérie sert une double ambition : flatter les franges conservatrices de l’électorat français et montrer ses muscles à un moment où la parole régalienne est en crise.
Mais à force de lancer des javelots contre des ennemis imaginaires, il décrédibilise non seulement sa propre fonction, mais aussi la parole diplomatique française, que d’autres membres du gouvernement s’évertuent à préserver.
L’Algérie, droite dans ses bottes, indifférente aux joutes
Forte de ses leviers économiques, de ses positions diplomatiques affirmées et de sa mémoire historique apaisée mais lucide, l’Algérie n’a nul besoin de répondre aux gesticulations de Don Retailleau. Elle préfère l’action au commentaire, le partenariat à la polémique, la stratégie à la réaction.
Comme le disait si justement Malek Bennabi : « L’Occident ne nous en veut pas de ce que nous sommes, mais de ce que nous pourrions redevenir. »
Le théâtre des ombres
Retailleau contre l’Algérie, c’est le théâtre des ombres dans lequel un ministre joue une guerre qui n’existe pas, face à un pays qui ne joue plus. C’est un duel à sens unique, où l’un crie, et l’autre construit.
Mais le temps viendra où l’Histoire jugera. Et elle retiendra non les cris du chevalier errant, mais la constance du partenaire fiable. Car comme disait Cervantès : « La vérité peut s’étirer, mais jamais se briser. »
Et la vérité, c’est que l’Algérie avance et à grands pas. Qu’on le veuille ou non!