CORONAVIRUS - 4

Réflexions sur le Coronavirus: échec du modèle de mondialisation néo-libéral?

Il y a quelques jours à peine, c'était le siècle dernier. Une époque où il y avait un ailleurs où se déroulaient des guerres, des catastrophes, des calamités, des injustices. Un ailleurs habité par d'autres. Des êtres sans nom, des numéros arrogants qui essaient d'entrer chez nous. Puis le virus est arrivé. Indifférent à nos lois et à nos frontières, à l'espoir de survivre que nous maintenaint recherchons dans le savon avec lequel nous nous lavons les mains.

J'avais décidé de ne plus écrire sur le Coronavirus, sur les mesures pour le combattre, sur l'inadéquation de la politique, sur l'inconscience et le pressapochisme de nombreuses personnes, mais inévitablement les pensées viennent et aussi le désir de les partager.
Tant de choses se passent et la plupart des gens n'en ont peut-être entendu qu'un soupçon dans les bulletins d'information. L'urgence de la contagion domine désormais la scène.
Les horreurs qui se produisent en toute impunité en Inde, en Syrie, en Libye, la persécution des Ouïghours, le fléau des sauterelles qui met à genoux de nombreux pays d'Afrique du Nord-Est, de la péninsule arabique et au-delà, le déversement prévu d'eaux radioactives de Fukushima dans l'océan Pacifique, la misère de ce qui se passe à la frontière entre la Turquie et la Grèce, les conséquences dans le monde des incendies qui ont dominé l'actualité jusqu'à récemment, les épidémies de maladies curables qui tuent des centaines de milliers de personnes chaque année (Ebola, malaria, rougeole, polio, etc.), le changement climatique, l'extrémisme et les dérives nationalistes, l'hypoxie sévère des mers qui, bien que plus lente qu'un virus particulier, aura des effets néfastes sur toutes les formes de vie.
Apocalypse signifie révélation. Enlever ce qui recouvre, enlever le voile, révéler la réalité. La signification de grande et grave calamité vient du fait qu'en absence d'une catastrophe, nous ne comprenons presque rien. Je me demande ce qu'il faut de plus pour nous ouvrir les yeux.
Parmi ceux qui essaient de voir au-delà et plis loin, beaucoup voient dans cette pandémie l'expédient de la nature pour mettre un frein à notre méchanceté humaine, d'autres voient la preuve de l'échec du modèle de mondialisation néo-libéral.
En ce qui concerne la première hypothèse, je crois que plus que un expédient, c'est un résultat presque mathématique. Chaque cause a un effet. Le modèle intensif appliqué à tout, la concentration de promiscuité des êtres vivants, l'exploitation effrénée de l'écosystème, l'abus aveugle des antibiotiques et des produits chimiques, favorisent nécessairement le développement de nouveaux et tenaces agents pathogènes.
Quant à la deuxième interprétation, je crains que ce qui se passe donnera plus de force au modèle économique néo-libéral. Cette pandemie ne constitue pas une menace pour ce modèle. Au contraire, elle favorisera la circulation des biens et d'argent et l'accumulation de capitaux, mais elle freinera la libre circulation des personnes. Nous entrons dans une phase que l'on pourrait peut-être appeler biopolitique. Ceux qui s'en tirent, après avoir assisté à la mort d'un certain nombre d'êtres humains encore inimaginables, seront prêts à se plier à toute mesure restrictive afin de sauver leur vie. On acceptera toute imposition d'isolement et de fermeture. L'hostilité envers l'autre sera considérée comme la seule solution. Cette épidémie constituera un terrain fertile pour ceux qui, peut-être, ont commencé à craindre la croissance et la propagation du mécontentement et des demandes de justice.

 

Une question.

Étant donné l'obligation de rester chez soi, qu'arrivera-t-il aux sans-abri? Sans abri, ceux qui vivent dans les voitures, désespérés ? Les rues désertes seront-elles "nettoyées" ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.