CORONAVIRUS - SCÈNES

Italie - Ligurie Février - Avril. Scènes recueillies pendant la pandémie de Covid19

SCÈNE 1 - Intérieur - Magasin de quincaillerie - 14 février (prodromes)

À l'extérieur de la quincaillerie, au centre, il y a une queue. J'ai besoin de boulons d'ancrage. Je vais attendre mon tour. C'est à moi. La dame juste avant a acheté une centaine de masques ffp2. Au cas où..., dit-elle, on ne sait jamais. Elle paie avec une carte. Elle y laisse une fortune. Les masques sont épuisés. Les gars derrière moi grognent. La dame sort. Le commerçant sort alors les "bons" masques, ceux qui protègent à la fois le porteur et le prochain. Les M3, dit-il. Ils sont vendus à neuf euros chacun. Avec de l'alcool à 99%, si vous les désinfectez, vous pouvez les utiliser quatre, cinq fois, il explique. Dommage que les "bons" soient les ffp3 et que M3 soit une marque mais, vous savez, la confusion règne. J'achète les boulons, je paie, je sors. Derrière moi, depuis l'intérieur du magasin, j'entends un chevauchement de voix qui me rappelle ces anciens vendeurs de remèdes infaillibles entourés d'une foule de gens crédules.

 

SCÈNE 2 - Extérieur, supermarché - La file d'attente - 24 février (prodromes)

L'humanité en queue. Il y a une douzaine de chariots qui attendent devant le mien. Au premier chariot, se trouve un vieil homme, grand, en habits de campagne, les cheveux gris et ébouriffés. Une bande élastique passant derrière la tête maintient un morceau irrégulier de tissu en nylon épais et opaque qui couvre le nez et la bouche et flotte à chaque respiration. Au deuxième chariot, un homme d'âge moyen qui, derrière un masque chirurgical, fait profiter l'auditoire de l’histoire d’une injustice subie : des carabiniers qui passaient sur la route lui ont infligé une amende de 300 euros alors qu'il s'occupait du jardin avec son fils, tous deux sans masque. Au troisième chariot, une femme entre quarante et cinquante ans, à l'air imperturbable, habillée de façon sobre mais très élégante, exhibe un masque moderne et impeccable, avec valve, élastiques et tissu en trois tons de vert eau. Probablement griffé. Au quatrième chariot, une femme à l'air fatigué porte un masque chirurgical plutôt usé. Elle s'appuie contre le chariot avec un air résigné. Au cinquième chariot, un jeune homme, masque et gants, parle au téléphone sans reprendre son souffle. Il se plaint du temps perdu dans la file d'attente. Il fait des gestes. Il touche le chariot, le téléphone, le masque, le tire vers le bas, se gratte, cherche quelque chose dans sa poche, sort un gant, le remet, touche le chariot, remet le masque. Sans s'arrêter de parler. Le sixième, le septième et le huitième chariot, un couple. Elle un chariot, lui deux. À distance, selon les règles. Elle fait des gestes et crie à voix basse à son mari de ne rien oublier. Au neuvième chariot, une femme se retourne et invective celle qui la précède, rappelant qu'on ne doit pas faire ses courses à deux. On lui repond qu'ils, le couple, s'en moquent, qu'ils ne veulent pas risquer de manquer de nourriture. Au dixième chariot, le premier de la file, une très vieille femme en manteau gris et chaussures plates, un masque chirurgical bien placé et un sac en tissu suspendu à son bras. Elle a l'air de quelqu'un de résigné mais de résolu et prêt à affronter une nouvelle tragédie.

 

SCÈNE 3 - Extérieur, balcon - Homme seul 1 – mi-mars

En fin d'après-midi. Un homme appuyé contre la balustrade, regardant le panorama du bâtiment d'en face. Derrière lui, à l'intérieur, pas de lumière. Il fume une cigarette. Il jette un coup d'œil ici et là sur les balcons des autres avec un air distrait. À côté de lui, les bacs de ramassage des déchets. Trois sur cinq débordent. Celui pour le plastique a le couvercle maintenu fermé par le poids de deux sacs qui laissent entrevoir des bouteilles et des récipients alimentaires ; celui pour le papier reste ouvert à cause de plusieurs cartons de pizza pliés en deux ; celui pour le verre semble plein car il est entouré d'innombrables bouteilles de bière et de vin. L'homme finit la cigarette et jette le mégot en dessous.

 

SCÈNE 4 - Intérieur, salle de bain - Homme seul 2 – mi-mars

L'homme rentre chez lui, enlève ses chaussures et pose son sac de courses dans le couloir. Il a acheté entre autres choses des aliments surgelés. Il doit se dépêcher de tout désinfecter avant de mettre les aliments dans le garde-manger et le réfrigérateur. Il va dans la salle de bain. Il enlève le masque et le jette dans un récipient spécial qu'il ouvre à l'aide d'une pédale. Il ouvre le robinet d'eau chaude, se lave les mains pendant une demi-minute, ferme le robinet, se sèche les mains. Il enlève la veste. Il va l'accrocher dehors de la fenêtre. Tout à coup, l'image du robinet de la salle de bain lui apparaît. Pour ouvrir l'eau, il l'a touchée avec ses mains contaminées et pour la refermer après s'être lavé, il s'est contaminé à nouveau. Il a ensuite contaminé la serviette également. Il la ramasse et la jette dans la machine à laver. Il prend un spray de détergent désinfectant sous l'évier. Il l'utilise pour la poignée de la petite porte sous l'évier, pour la poignée de la porte de la machine à laver, et il va dans sa chambre chercher une serviette propre. Il retourne dans la salle de bain. Elle accroche la serviette. Avec le spray, il désinfecte le robinet. Il répète l'opération de lavage des mains. Il les sèche satisfait de son souci du détail. Il est sur le point de sortir de la salle de bain. Il regarde la serviette. Lorsqu'il est entré dans la chambre pour la prendre, ses mains étaient encore contaminées, il a donc contaminé la poignée de l'armoire et la serviette elle-même. Il la prend et la jette dans la machine à laver. Il prend le spray. Il désinfecte la poignée de la porte de la machine à laver pour la deuxième fois. Il va dans la chambre, désinfecte la poignée de l'armoire, il prend une troisième serviette. Il retourne dans la salle de bain et raccroche la nouvelle serviette. Il est sur le point de sortir. Il s'arrête brusquement. Les dernières opérations, il les a effectuées avec les mains contaminées par le séchage avec la deuxième serviette. L'homme porte ses mains au visage et se met à pleurer de désespoir. Puis, pris de panique, il prend le spray et le pulvérise sur son visage. Ensuite, la cérémonie de lavage des mains et de désinfection des surfaces recommence. Pendant ce temps, un filet d'eau se forme sur le sol du couloir, au fond du sac des courses.

 

SCÈNE 5 - Intérieur, salle de bain - Femme seule 1 - fin mars

Dans la salle de bains, un chat est recroquevillé sur le panier à linge. Une femme se regarde dans le miroir. Elle porte des lunettes. La repousse du blanc est à trois centimètres. Elle prend le spray de retouche, sépare les cheveux à la base et vaporise la couleur. Les cheveux deviennent collants et ternes. Elle les ramasse avec une pince. Les sourcils sont obscènes. Elle s'approche d'un petit miroir grossissant rond. Prend les pinces et commence à ôter le superflu. Elle manque une prise et un trou se forme. Pour compenser, elle est obligée d'amincir ses sourcils d'au moins trois millimètres. Le résultat change son apparence. En pire. Elle retourne devant le miroir au-dessus du lavabo. De fins poils recouvrent son visage. Elle l'a remarqué dans la voiture, en regardant dans le rétroviseur à la lumière du soleil. Elle prend une crème dépilatoire rose. Elle l'étale sur le bas de son visage. La pose devrait durer environ trois minutes. Pendant qu'elle attend, elle remarque des petits points noirs sur son nez. Il s'approche du miroir et les écrase fermement car les pores de la peau insistent pour retenir la saleté. Le nez est rougi. Un vaisseau capillaire se rompt et s'élargit en une tache rouge sur la peau. Elle sent une brûlure. Ce n'est pas le capillaire. Cela fait dejà dix minutes que la crème est en pose. Avec une spatule, elle l'enleve rapidement. Elle se lave et se nettoie à fond. La peau du visage est congestionnée et enflammée. La femme prend une crème hydratante dans l'espoir d'être soulagée. En approchant le visage au miroir, elle remarque deux nouvelles rides verticales assez marquées sur ses joues. Elle met ses lunettes. Elle s’approche du miroir rond pour mieux les regarder. Elle découvre qu'en réalité, un réseau dense de nouvelles petites rides s'est formé aux commissures des lèvres. Son désespoir augmente. Elle s'asperge de crème hydratante car la brûlure ne s'en va pas. Elle laisse tomber ses cheveux. Elle sort de la salle de bain. Se rend à la porte d'entrée. Elle l'ouvre pour récupérer un pack d'eau oublié à côté du paillasson. Pendant qu'elle se penche, une des quatre portes du palier s'ouvre. Sa voisine, celle qui est secrétaire chez l'avocat. La femme voit successivement des chaussures à talons, des jambes lisses et à peine brunies, une jupe moulante. En se redressant, elle rencontre le regard de sa voisine. Elle lui sourit. Des dents très blanches, des lèvres avec un voile de rouge à lèvres, une peau et une carnation parfaites, les cheveux, une coupe fraîche et une couleur impeccable. Une régurgitation de haine lui remonte de l'estomac...

 

SCÈNE 6 - Extérieur, porte - Femme seule 2 - début avril

Une femme place un bac jaune pour le plastique à côté d'autres bacs jaunes sur le trottoir. Il est environ 10 heures du soir. La lumière jaune-orange de l’éclairage public inonde la rue, les façades, les palmiers. La femme revient sur ses pas jusqu’à la porte d'entrée du bâtiment où elle habite. L'air est exceptionnellement chaud. Une agréable brise souffle et fait trembler les feuilles des palmiers. La femme s'appuie contre le montant de la porte et regarde vers la mer. Des mouettes tournent parmi les toits. La femme sort une enveloppe en cuir de sa poche. Elle roule une cigarette, l'allume. Elle respire. Elle laisse ses bras le long de son corps, en tenant la cigarette entre ses doigts. Elle ferme les yeux. Sent l'air. Elle ouvre les yeux. Sourit. Personne dans les environs. D’une fenêtre à proximité, le son d'une télévision se fait entendre.

 

SCÈNE 7 - Extérieur, ruelle - Deux pushers - fin mars

Ruelle près d'un parking. Une femme avec un sachet de médicaments. Deux hommes discutent contre un mur. Elle les dépasse. On entend le clic d'un briquet. Un instant après, une odeur de haschisch. La femme se retourne et les regarde. Ils la regardent en retour. Ne recevant aucun signe de sa part, ils reprennent leurs affaires. On entend l'un d'entre eux dire : “C’est bon de fumer en ce moment, mieux que les psychotropes".

 

SCÈNE 8 - Extérieur, rue piétonne - Femme avec masque – mi-avril

Une femme passe, pas très grande, manteau rouge, foulard, cheveux noirs corbeau gonflés et crêpés. Le masque est remonté au milieu de sa tête comme un petit chapeau. C'est dommage de ne pas pouvoir la prendre en photo. Elle a surclassé toutes les tentatives pour transformer un dispositif sanitaire en accessoire de mode.

 

SCÈNE 9 - Extérieur, rue – Masques supendus et draps peints - fin avril

Les voitures redémarrent. Pas le trafic habituel mais une animation qui est étrange après tant de silence et d'absence de mouvement. On a réduit les restrictions. Les gens ont envie de sortir, même si c’est avec prudence. S’inventer un prétexte de nécessité pour prendre la voiture et rouler sans entrer en contact avec les autres est en tous cas libérateur. Le regard se porte sur les façades des maisons, les fenêtres, les balcons. Sur les cordes à linge, à la place des drapeaux de la paix, des tee-shirts rouges, du drapeau national, des banderoles Vérité pour Giulio Regeni, il y a des masques chirurgicaux à côté du linge, et des draps avec hastag Je reste à la maison, hastag Tout ira bien, hastag Nous y arriverons.

 

SCÈNE 10 - Extérieur, trottoirs - File d'attente au bureau de poste - début avril

Une file d'attente s'est formée à l'extérieur du bureau de poste. Quatre personnes. Tous portent des masques et deux femmes portent également des gants en latex. Les deux femmes se connaissent et discutent à distance de sécurité.

R : ...en fait, je ne comprends pas ceux qui insistent pour ne pas porter de gants et ni de masques.

B : Ils sont égoïstes. Certaines personnes respectent les règles et d'autres non. Ils me mettent en colère. Ce n'est pas juste. Pourtant, on a dit dans toutes les langues que les masques et les gants sont utiles pour combattre le coronavirus.

R : Tu as raison. Je ne les supporte pas non plus. De toute façon, c'est leur affaire s'ils tombent malades. Ils ne veulent pas comprendre. Moi qui vis seule, je garde aussi mon masque et mes gants à la maison.

B : Et tu fais bien. Je le fais aussi. S'ils servent, il faut les garder le plus longtemps possible.

Il faudrait intervenir, leur dire quelque chose. Mais quoi ?

 

SCÈNE 11 - Extérieur, parking - Réunion clandestine - fin mars

Quartier résidentiel à circulation limitée. Je suis assise dans ma voiture sous la maison. Une femme arrive en voiture et se gare. Une quarantaine d'années. Elle ne me remarque pas. Quelques minutes plus tard, une autre voiture arrive. Une autre femme conduit. Environ soixante-dix ans. Elle se gare elle-aussi. La première femme ouvre la porte de sa voiture, sort, et, derrière son masque, salue la deuxième femme qui est également sortie de la sienne. Bonjour, maman.

Carla, salut, comment vas-tu ? lui répond la mère avec un sourire. Elle demeure cependant à quelques mètres de distance. Ma fille, je vais bien, et toi ? Bien, bien, ne t'inquiéte pas. Elles se taisent, elles ont l'air gênées. Puis la fille dit : Enlevons les masques, pour que nous puissions nous voir. Et elles se l'enlèvent, même si la mère ajoute : Tu es sûre ? Oui, je suis sûre. Puis la fille se dirige vers elle, l'embrasse, lui caresse la tête, la baise sur le front. La mère est heureuse.

 

SCÈNE 12 - Intérieur, chambre - Appel téléphonique de la direction générale de la police - fin avril

La femme est assise sur le lit quand le téléphone sonne.

A : Bonjour, êtes-vous Mme Rossi ?

B : Oui, c'est moi.

R : Vous êtes venue au poste de police, il y a deux jours, pour porter plainte ?

B : Oui.

A : Vous savez que c'est interdit ?

B : Que voulez-vous dire ?

R : Il s'agit d'une usurpation d'identité en ligne. C’est la compétence de la police postale.

B : Oui, bien sûr, en fait j'ai appelé la postale mais comme ils sont loin de chez moi et qu'ils n'ouvrent que le mercredi et que j'habite à deux cents mètres du quartier général de la police, ils m'ont dit de tout écrire et de porter la plainte au quartier général de la police où elle leur serait transmise.

R : Ils ont fait une erreur. Quoi qu'il en soit, vous avez enfreint la loi en venant au quartier général de la police.

B : Enfreint la loi ?

R : Il existe une obligation de quarantaine. Je dois vous infliger une amende.

B : Une amende ? Pardonnez-moi mais, avant de venir, j'ai téléphoné au quartier général de la police, en expliquant tout et on m'a dit de venir déposer la plainte. Je suis venue au bureau du concierge et j'ai attendu qu'un de vos collègues m'enmène dans un bureau. Il a pris la plainte, l'a tamponnée, m'a fait signer et m'a dit que tout serait transmis à la police postale.

R : Vous ne pouviez pas venir au poste de police de toute façon. Il est interdit de quitter son domicile, sauf en cas de nécessité avérée.

B : Excusez-moi mais, outre le fait que j'habite à deux cents mètres du poste de police et donc à une distance actuellement autorisée pour une promenade quotidienne, vous me dites que je peux aller au centre de la ville pour acheter des cigarettes mais que je ne peux pas venir déposer une plainte pour usurpation d'identité, d'autant plus qu'on demande de l'argent à tous mes contacts en mon nom ? N'est-ce pas une nécessité que je veuille me protéger et protéger les autres des conséquences d'un acte criminel ? Vous allez donc me donner une amende ?

R : C'est exactement ce que je vous dis.

B : Pardon mais j'ai fait ce que la police postale et vos collègues du quartier général de la police m'ont dit de faire. Sur la base de ce que vous dites, aurais-je dû remettre en question les déclarations des représentants des institutions ?

Silence

B : Êtes-vous toujours en ligne ?

A : Oui

B : Et alors ?

R : Ils ont fait une erreur à la police postale et mon collègue a fait une erreur aussi. Mais vous n'auriez quand même pas dû venir car les dispositions de quarantaine sont du domaine public.

B : Attendez, sans vouloir être irrespectueuse, je pense que vous devriez vous éclaircir les idées entre vous. Je n'ai rien fait de mal lorsque j'ai suivi vos instructions.

R : Vous auriez dû aller à la police postale.

B : Eh, non, d'après ce que vous avez dit jusqu'à présent, je n'aurais pas dû y aller non plus...

R : Exactement. Allez-y la semaine prochaine, après le 5 mai. Et cette fois, nous ne vous donnerons pas d'amende. Au revoir.

B : D'accord. J'abandonne. Au revoir.

La femme demeure assise sur le lit et médite sur le sens de l'existence.

 

SCÈNE 13 - Extérieur - Rue piétonne - Humanité - début mai

Un homme et une femme discutent sur le trottoir devant un marchand de fruits et légumes. Ils ne se sont pas rencontrés depuis un certain temps. Il lui demande comment elle va et comment les choses se passent. Elle répond qu'elle a maintenant épuisé ses quelques économies, qu'elle n'a pas payé le loyer du mois en cours, qu'elle ne pourra pas payer les factures à venir, que si elle avait du mal à trouver un emploi auparavant, ce sera plus difficile maintenant, étant donné la situation générale. Elle ne sait pas combien de temps encore elle pourra faire ses courses. Un deuxième homme, à côté, faisant la queue devant un magasin, entend la conversation et intervient poliment, demandant à la femme si elle sait qu'elle peut aller à la mairie pour obtenir une aide financière. La femme remercie et répond que oui, elle le sait et l'a déjà demandée, mais l'aide va uniquement à ceux qui ont perdu leur emploi depuis janvier de l'année courante. L'homme exprime son regret et retourne dans son coin. Après quelques instants, il s'approche à nouveau et discrètement, sur la pointe des pieds, et il demande à la femme s'il peut se permettre de lui offrir les courses. Il la persuade avec gentilesse d'accepter de l'argent qu'il lui met dans la main. Tout ce qu'elle peut dire, c'est merci. Même si elle est cachée par un masque et des lunettes, il est clair qu'elle pleure. Elle soulève ses lunettes. Elle continue à le regarder et à le remercier avec les yeux alors qu'il s'éloigne avec la même discrétion avec laquelle il s'est approché d'elle. Elle n'a pas demandé son nom. Elle ne lui a même pas dit le sien. Il y a juste ce visage à garder en mémoire. Le visage d'un Homme.

SCÈNE 14 - Extérieur – Promenade – mi-avril

Après plus d'un mois de quarantaine, la première petite promenade à deux cents mètres de chez soi. La femme est assise sur les escaliers de l'église pour profiter du soleil de l'après-midi.

Cela va ressembler à un blasphème, mais tout semble parfait.

L'autoroute et la Via Aurelia silencieuse, la mer libre, le ciel aussi.

 

SCÈNE 15 - Extérieur, ville - Vent

Quarantaine totale. Panique totale. Les rues sont désertes. Les fenêtres fermées. Un vent fort balaie les rues, serpente dans les ruelles, se tortille dans les coins. Des tourbillons de feuilles et de papier, de gants et de masques chirurgicaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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