Notre propre humanité

Dans cette septième chronique je reviens sur la découverte tragique, une de plus, des 39 personnes mortes dans un camion frigorifique en voulant passer la frontière anglaise. 39 morts qui s'ajoutent aux milliers de morts dans la Méditerranée et aux frontières de l'Europe parce que nous refusons d'ouvrir nos frontières et de les accueillir.

Encore une semaine tragique pour l’humanité. 39 personnes ont été découvertes étouffées dans un camion frigorifique en Angleterre. Cela rappelle le cas de 71 personnes découvertes mortes dans les mêmes conditions dans un camion frigorifique à la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie. Pourquoi dans un camion frigorifique ? Parce que les chances de passer la frontière sans encombres dans ce type de camion seraient beaucoup plus importantes que par un camion classique, davantage contrôlé. Il y a donc des gens prêts à prendre le risque de mourir dans ces conditions horribles pour pouvoir simplement vivre. Il en va de même pour les autres qui tentent d’arriver par la mer sur des embarcations de fortune. En effet, cette même semaine 25 personnes se sont noyées au large de la Sicile. Au total, depuis le début des années 1990, on comptabilise au moins 40 000 décès dans la Méditerranée. Et encore, il ne s’agit là que des corps qui ont été retrouvés…

Les gens sont informés des risques qu’ils prennent, ils choisissent néanmoins de les prendre. Ils mettent leur vie en jeu, parce qu’elle l’est déjà là où ils sont. Ils partent parce que c’est le seul espoir qui leur reste. Les discours virils sur la fermeture des frontières, au-delà de leur inhumanité sont vains, les personnes migreront quand même. Ils sont aussi criminels et font le jeu des passeurs car plus les frontières sont difficiles à franchir, plus les demandeurs de refuge ont besoin d’eux et plus les passeurs se font de l’argent. La France est complice de ces morts tragiques quand elle refuse que des bateaux accostent ; quand elle finance des pays qui bafouent notoirement les droits de l’homme pour qu’ils empêchent les exilés de prendre la route de l’Europe ; quand elle maltraite, laisse à la rue des exilés venus chercher secours et soutien. Jusqu’à quand allons nous tolérer cela ?

Bien sur accueillir nécessite de s’y préparer, il y a des peurs à dépasser et cela n’est pas évident partout. Mais en pratique, quand les personnes parviennent à arriver jusqu’en Europe elles s’intègrent très bien malgré les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles elles le font. Nous nous devons de les accueillir. Nous devons aussi au minimum ne pas les empêcher d’entrer en Europe et en France. C’est pourquoi l’ouverture des frontières est un minimum et une absolue nécessité. Il en va de la vie de millions d’êtres humains. Ce qui est en jeu c’est aussi notre propre humanité. Notre cause n’est pas l’homme français blanc, mais les femmes et les hommes d’où qu’ils viennent. L’humanisme ne veut rien dire si l’on considère que certaines vies sont plus précieuses que d’autres.

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