Lectures pour tous par temps de confinement (2)

La crise du coronavirus est l’occasion de lire des histoires que nous n’avons pas eu le temps de découvrir jusque là. Mais ce n’est pas vrai pour tout le monde. car certain·e·s parmi nous ont des difficultés avec la lecture. C’est pourquoi je propose sur ce blog des nouvelles de la littérature française réécrites de façon plus accessibles. On continue avec "Histoire d'une fille de ferme" de Maupassant…

Dans un précédent billet, j'ai expliqué la démarche qui m'a amenée à proposer ici des histoires réécrites de façon à ce qu'elles soient faciles à lire et à comprendre. Voici la suite de la première histoire, à partir d'une nouvelle de Guy de Maupassant :

Histoire d'une fille de ferme

Partie 2

La vie de Rose était très dure.
Elle travaillait beaucoup.
Elle souffrait.
Elle avait peur que les gens sachent qu’elle était enceinte.
Rose était tellement obsédée par cette idée. 

Elle n’arrivait plus à réfléchir. 

Elle ne cherchait même pas un moyen d’éviter le scandale. 

(A cette époque-là avoir un enfant sans père était une honte pour la mère et l’enfant) 

Rose se levait tous les matins avant les autres.
Elle regardait sa taille dans un morceau de glace cassée.
Elle regardait si on voyait son ventre qui grossissait.
Elle avait peur qu’on voit qu’elle était enceinte.
Plusieurs fois dans la journée, Rose regardait son ventre.
Les mois passaient.
Elle ne parlait presque plus.
Quand on lui demandait quelque chose elle tremblait. 

Alors le fermier lui dit : « Ma pauvre fille, que tu es sotte en ce moment ! » 

Même à l’église elle se cachait. 

Un matin le facteur donna une lettre à Rose.
C’était la première fois qu’elle recevait une lettre. 
Elle était bouleversée et dût s’asseoir. 
Elle pensa que c’était peut-être une lettre de Jacques. 

Rose était anxieuse, elle était inquiète devant cette lettre. 
Elle ne savait pas lire, mais elle n’osait pas demander à quelqu’un de lui lire la lettre. 
Car Rose ne voulait pas confier son secret.
Elle mit la lettre dans sa poche.
Mais un jour elle fut trop impatiente.
Alors Rose alla voir le maître d’école. 

Le maître d’école dit à Rose de s’asseoir et lut la lettre : 

« Ma chère fille.
Je vais très mal.
Notre voisin t’écrit pour moi.
Pour te demander de venir me voir si tu peux. »

Rose ne dit rien et partit. 
Dès qu’elle fut seule, elle tomba au bord du chemin. 
Rose resta là jusqu’à la nuit. 
En rentrant elle raconta son malheur au fermier. 

Le fermier lui dit d’aller voir sa mère. 
Il lui dit de prendre tout le temps qu’il fallait. 
Il lui dit aussi qu’il embaucherait une autre fille pendant son absence. 
Et qu’il rendrait sa place à Rose à son retour. 

Sa mère mourut quand Rose arriva. 
Le lendemain Rose accoucha d’un enfant de 7 mois. 
Son bébé était tout petit et semblait souffrir tout le temps. 
Pourtant le bébé vécut. 

Rose dit qu’elle était mariée. 
Mais elle dit aussi qu’elle ne pouvait pas s’en occuper à cause de son travail. 
Les voisins promirent de prendre soin du bébé. 

Rose revint voir son bébé.
C’était un immense bonheur. 
C’était aussi une terrible souffrance parce qu’elle était séparée de lui. 
Ce qui faisait souffrir Rose c’était de ne pas pouvoir embrasser son enfant. 
Ce qui faisait souffrir Rose c’était de ne pas pouvoir le prendre sans cesse dans ses bras. 

Elle pensait tout le temps à lui. 
Quand Rose avait fini son travail, elle s’asseyait devant le feu. 
Elle ne parlait pas. 
Elle regardait fixement au loin comme si elle pensait à quelqu’un. 

Les gens plaisantaient sur elle. 
Ils croyaient que Rose pensait à un amoureux. 
Les gens demandaient à Rose si l’amoureux était beau. 
Ils demandaient aussi s’il était riche, s’ils allaient se marier. 
Elle se sauvait car ces questions lui faisaient mal. 

Pour ne pas y penser trop, elle travailla encore plus dur. 
Rose travaillait dur aussi pour avoir de l’argent pour son enfant. 
Elle accepta même du travail en plus. 
Et elle économisa l’argent du fermier comme si c’était le sien. 

Elle se débrouillait tellement bien pour acheter et vendre que le fermier ne pouvait pas se passer d‘elle. 
Rose travaillait comme plusieurs personnes.
Rose faisait aussi gagner de l’argent au fermier.
Le fermier disait : « Cette fille-là vaut mieux que de l’or. » 

Pourtant le temps passait et le salaire de Rose était toujours le même. 

Elle décida de demander une augmentation.
Trois fois elle alla voir le fermier.
Et trois fois elle parla d’autre chose.
Elle avait presque honte de demander de l’argent.
Mais un jour elle décida de vraiment parler au fermier.
Le fermier mangeait seul dans la cuisine. 

Rose dit au fermier qu’elle voulait lui parler particulièrement. 
Le fermier fut surpris et il regarda Rose fixement.
Rose fut troublée par son regard.
Finalement elle lui demanda 8 jours pour aller chez elle, car elle était un peu malade. 

Le fermier lui accorda les 8 jours. 
Il lui dit aussi qu’il lui parlerait quand elle reviendra.
Le fermier avait l’air aussi un peu gêné. 

À suivre

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.