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Billet de blog 6 juin 2016

Le risque de travailler trop

La droite s’est à nouveau saisie de l’occasion offerte par le débat sur la loi travail pour répéter cette bêtise que les Français travailleraient moins que les autres. Effectivement, les données d’Eurostat établissent que les Français à temps plein travaillent 40,7 heures par semaine, soit moins que la moyenne européenne de 41,5 heures.

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La droite s’est à nouveau saisie de l’occasion offerte par le débat sur la loi travail pour répéter cette bêtise que les Français travailleraient moins que les autres. Effectivement, les données d’Eurostat établissent que les Français à temps plein travaillent 40,7 heures par semaine, soit moins que la moyenne européenne de 41,5 heures.

Le problème d’un tel classement, c’est qu’il ne prend en compte que les temps-pleins, alors que les heures effectuées à temps partiel produisent également de la richesse.

Ce biais statistique a un impact particulièrement fort pour un pays comme la France dont les temps partiels comptent davantage d’heures qu’ailleurs en Europe. En effet, pour l’année 2010, la durée effective du travail pour les salariés à temps partiel en France était de 978 heures contre 883 heures pour l’Allemagne. Les temps partiels étant par ailleurs occupés à 80% par des femmes, leur exclusion des statistiques constitue une discrimination en plus d’une erreur d’appréciation économique.

La prise en compte des temps partiels par Eurostat montre une autre réalité : la moyenne hebdomadaire française est de 37,5 heures, soit 0,3 heure de plus que la moyenne européenne établie à 37,2, celle de l’Allemagne est de 35,3, et celle du Royaume-Uni de 36,5.

Pour savoir comment un pays « travaille » , il faut regarder d’une part le nombre global d’heures travaillées, d’autre part la productivité horaire des travailleurs qui les effectuent.

De plus, se contenter du total des heures travaillées contribue à masquer la façon dont le travail est partagé. Un même total d’heures travaillées n’aura pas le même bénéficie pour la société selon qu’il est partagé entre une majorité de personnes détenant des temps-pleins et une minorité de chômeurs, ou bien au contraire des temps-pleins diminués de telle manière que les chômeurs soient à nouveau inclus sur le marché du travail. Car le chômage a également un coût pour la collectivité, à la fois économique, mais également sanitaire et social.

Enfin, on peut aussi rappeler que travailler beaucoup ne prouve pas la valeur ou l’utilité d’un individu, ni celles d’une société. Travailler beaucoup fait courir le risque de travailler trop. Et quand bien même les Français travailleraient effectivement moins, cela ne voudrait pas dire qu’ils travailleraient trop peu. Nous ne sommes pas uniquement des travailleur-e-s, il est essentiel que nous ayons du temps pour nos proches, l’action collective, nous-mêmes. Partager le travail permet de rendre leur dignité à ceux qui sont privés d’emploi, et de rendre du temps libre aux autres.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L'Humanité le 6 juin 2016

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