Promouvoir une société écologique et inclusive exige de nous que nous nous dépassions

La démission de Nicolas Hulot et l’arrêté anti-mendicité pris par la municipalité de Besançon : un événement national et un événement local sur des enjeux universels : la préservation de la planète et la façon de traiter les plus démunis.

Deux événements récents me font sortir d’une certaine réserve : la démission de Nicolas Hulot et l’arrêté anti-mendicité (ancienne ou nouvelle version) pris par la municipalité de Besançon : un événement à portée nationale sur un enjeu universel, la préservation des conditions d’hospitalité de la planète, et un événement local sur un enjeu tout aussi fondamental, le sort et la façon de traiter les plus démunis.

Nicolas Hulot a voulu « voir » et faire confiance à Emmanuel Macron qui disait vouloir certes libéraliser mais aussi développer la solidarité et « make our planet green again ». Beaucoup d’autres citoyens avaient fait ce choix, pas forcément convaincus en tout point mais ils voulaient donner sa chance à ce jeune candidat. Nicolas Hulot quitte le gouvernement en nous disant que ce sont les lobbys qui décident à l’Elysée, que nous menons des politiques économiques aussi anti-sociales qu’anti-écologiques, que le libéralisme économique et le productivisme accélèrent l’effondrement écologique. Nicolas hulot nous dit que les questions environnementales sociales et démocratiques sont étroitement liées et qu’à continuer sur cette voie nous creusons notre propre tombe. Son départ nous rappelle qu’un homme seul, quelle que soit sa bonne volonté, son expertise, son engagement pour la préservation de la planète, sa popularité, un homme seul, fut-il Nicolas Hulot, ne peut résoudre la crise écologique.

A Besançon, quelle que soit la qualité unanimement reconnue de la politique sociale inscrite de longue date dans l’histoire de la ville et malgré les invocations émues de nos valeureux prédécesseurs, un arrêté aussi inutile pour appréhender des personnes qui gêneraient la circulation, ou agresseraient des passants (des textes existent déjà pour cela) que stigmatisant pour les plus pauvres a été pris par un maire anciennement socialiste qui dénonçait dans des termes que nous ne renierions pas ceux qui le proposaient sept ans plus tôt. On ne peut pas construire des politiques de solidarité en rendant invisible ce que produit le fonctionnement de notre société, à savoir de l’exclusion. Une ville est un lieu où l’espace public doit être égalitaire, diversifié, hospitalier pour tous et toutes, y compris, voire d’abord pour les plus fragiles, ceux qui sont en marge et n’ont pas d’autre lieu car ils n’en possèdent pas. Nous pouvons faire le même constat pour les personnes migrantes. Ce qui ajoute au trouble c’est que la quasi-totalité des élus de gauche et écologistes de la ville semblaient l’avoir accepté et qu’avant sa révélation par la presse (un mois et demi après sa publication) et la manifestation d’opposition à cette décision aucun ne l’avait dénoncé. Il ne s’agit pas là de discréditer ces élus notamment car il est possible que ce texte leur ait été présenté dans des termes différents, aussi parce que certain-e-s ont convenus avoir manqué de vigilance. Ce qui doit être salué. Mais cela nous rappelle également l’importance de la vigilance collective et du lien avec la société.

Un troisième événement, à venir celui-ci, suscite mon inquiétude. Il s’agit de l’importante division de la gauche et de l’écologie en vue des élections européennes de 2019. Une division qui d’après moi ne se justifie pas sur le fond et que je crois même mortifère. Quand je parle du fond, je n’entends pas que tou-te-s les militant-e-s des différentes organisations pensent la même chose sur tous les sujets, parfois même y a-t-il des divergences non négligeables. Mais je crois que face à la montée du rejet, voire de la haine des plus pauvres et des étrangers, face à la puissance des lobbys auprès de celles et ceux qui gouvernent et face au défi vital de la préservation des conditions de vie sur planète, nous devons trouver une façon de cheminer ensemble sur ces questions pour lesquelles nous partageons l’essentiel. Ce n’est pas ce qui se profile au niveau national pour les échéances européennes. Mais rien n’est écrit et nous pouvons nous ici à Besançon travailler à créer les conditions d’élaboration d’une politique municipale qui ne hiérarchise pas les humains en fonction de leur nationalité ou de leur niveau de revenu, qui associe les différents acteurs et actrices intéressé-e-s à l’avenir de la ville et de celles et ceux qui l’habitent, qui remette notre ville sur sa trajectoire de ville innovante, modèle sur les plans social, écologique, démocratique  et humaniste. Je crois que nous sommes conscient-e-s de la gravité de la situation et tou-te-s capables de dépasser nos enjeux de parti ou personnel pour cela. J’en appelle ainsi à la responsabilité et au sens de l’intérêt collectif des militant-e-s et citoyen-ne-s progressistes de notre territoire pour tout mettre en œuvre pour ces nécessaires rapprochements et ce travail en commun.

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