Le corps des femmes rwandaises

L’organisation non gouvernementale (ONG) rwandaise L’Initiative des Grands Lacs pour le développement et les droits humains vient de présenter un rapport qui estime que près d’un quart des femmes emprisonnées purgent une peine pour avortement illégal.

Depuis 2012, au Rwanda, le Code pénal autorise l’avortement, mais uniquement à la suite d’un viol, d’un inceste ou d’un mariage forcé ou en cas de risque pour la santé de la mère ou de l’enfant. Cette possibilité d’avorter est évidemment un progrès, mais elle reste malgré tout extrêmement restrictive et, dans les faits, se révèle pratiquement inaccessible.

En effet, il faut l’avis positif de deux médecins pour qu’un avortement pour raisons de santé soit autorisé, sachant que le pays compte en moyenne un médecin pour 17 000 habitants et que les barrières culturelles sont considérables. Dans le cas d’un viol, d’un inceste ou d’un mariage forcé, c’est un juge qui doit en décider. Avoir recours à l’avortement en France, où il est autorisé depuis 1976 et remboursé depuis 1982 dans une société globalement plus tolérante à l’égard de cette pratique, reste le plus souvent une décision et une expérience douloureuse.

Imaginer avoir à exposer sa situation, à la suite d’un viol ou d’un inceste, devant un juge pour éventuellement être autorisée à pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG) est invraisemblable.

Sans oublier que, si éventuellement les femmes trouvent la force et le courage de le faire, elles s’exposent à attendre cette décision plusieurs mois, attente évidemment parfaitement incompatible avec une IVG.

Ce triste constat nous renvoie également à ce qu’ont déjà subi les femmes rwandaises parce qu’elles sont femmes, au moment du génocide, où des viols, des tortures, d’une barbarie inouïe ont été commis à une échelle industrielle, que les associations estiment à près de 250 000 actes criminels.

Pour autant, il y a aussi des raisons d’espérer au Rwanda. Les femmes représentent, 
depuis peu, 44 % du personnel politique et 58 % des parlementaires.

Elles ont pu faire adopter des textes essentiels, comme la loi sur l’héritage, qui place les filles à égalité avec les garçons, de lourdes peines à l’encontre des auteurs de discriminations liées au sexe et le viol a été reconnu comme arme de guerre.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L’Humanité du 5 octobre 2015

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