Mon docteur sans rendez-vous

Dans cette chronique je parle de mon médecin généraliste de quartier qui reçoit sans rendez-vous. Souvent on l'attend, mais ça en vaut la peine et il reçoit tout le monde, ceux qui n'ont pas besoin de la CMU, ceux qui ont la CMU et ceux qui n'ont rien.

En ce début de saison des grippes et autres angines je voulais rendre hommage à mon médecin, assez unique, mais auquel sans doute beaucoup ressemblent.

Quand j’étais petite, je pensais que tous les docteurs et les avocats étaient gentils, soucieux de leur prochain, intelligents et avaient bien travaillé à l’école. Alors que je ne les fréquentais guère, ils et elles étaient pour moi des héros et des héroïnes. Nombre de ceux que j’ai rencontré plus tard ont douché mon enthousiasme et mes espoirs. J’ai appris que le souci de la justice, la compassion et le don de soi n’étaient pas/plus toujours la motivation essentielle. Je ne méconnais pas le fait que les politiques ont bien plus mauvaise presse et que ce n’est pas toujours infondé.

 

Le mien exerce dans un quartier populaire et reçoit sans rendez-vous. C’est un peu contrariant quand on est du genre ponctuel et qu’on se considère occupé par beaucoup de choses importantes. En périodes chaudes (entendez « périodes froides » s’agissant du climat), il arrive que l’on attende deux heures. Comme quand on vient on n'a pas la forme ou alors on est accompagné d’un enfant malade, le temps passe encore plus lentement. Pourtant, je continue à aller chez lui.

 

D’abord, il est gentil, à l’écoute et, il faut bien le dire, ne compte pas trop son temps. C’est pour ça qu’on attend. Parce qu’il pense que le patient doit se sentir à l’aise, que la fragilité d’un organe ou une petite fatigue ne se soigne pas seulement à coups de médicaments, que l’histoire, la façon de vivre et la personnalité des gens doivent être prises en compte, alors il prend le temps qu’il faut.

 

Mais si on attend cela signifie aussi qu’on sera de toutes façons reçu et bien reçu. Quand la grippe de votre enfant s’est déclarée dans la nuit et que votre pédiatre n’a pas de disponibilités avant deux jours, vous trouvez qu’attendre deux heures dans la salle d’attente, ce n’est pas si grave. 

 

Quand notre tour vient, même s’il y a du monde derrière vous et qu’il a déjà dépassé l’horaire de fermeture, on se sent accueillis, écoutés, pas pressés. On peut dire ce qui nous fait venir en urgence et aussi ce qui fait qu’on aurait pu venir plus tôt pour des petites choses qu’on ne veut pas prendre au sérieux parce que « c’est dans la tête », « supportable », que « ça fait longtemps que c’est comme ça »… Toutes ces souffrances qui peuvent se transformer en quelques choses de plus grave ou nous gâcher un peu le goût de la vie. Il faut bien dire aussi qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas toujours quelqu’un à qui parler d’eux. Il fait ça aussi. Parce que, comme il le dit, il fait de la médecine générale, pas de la médecine sur rendez-vous.

Enfin, quand énormément de médecins manifestaient contre la généralisation du tiers-payant (aussi avec de bonnes raisons), lui est resté dans son cabinet parce que le tiers-payant, ça voulait dire qu’il serait payé alors qu’il arrivait régulièrement que ce ne soit pas le cas. Car, souvent, il ne demandait rien à ses patients qui n’en avaient pas les moyens.

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