Quand le peuple n'est plus en sécurité

Une démocratie devenue autoritaire, c’est un régime issu des urnes où le peuple lui-même n’est plus en sécurité. Avouons-nous la vérité : nous y sommes

Les images choquantes de ces derniers jours nous ont encore montré à quel point la possibilité de filmer et de diffuser des images d’interventions policières était essentielle. Que serait-il advenu de Michel, ce producteur de musique parisien, si ceux qui le tabassaient et lui jetaient des injures racistes n’avaient pas craint l’existence de ces images ? Malheureusement d’autres actes aussi odieux doivent avoir lieu sans que nous en ayons connaissance ou sans que les victimes puissent les démontrer.

Et que dire de l’évacuation des migrants sans abri ayant trouvé refuge sur la place de la République sous des petites tentes ? Ces personnes qui ont souvent fui les balles dans leur pays, ont pris des routes très dangereuses pour sauver leur peau et qui, arrivés en France pour trouver refuge, n’ont pas d’autre choix que d’errer d’un camp de fortune à l’autre parce qu’on ne les accueille pas. Et qui doivent finalement faire face aux lacrymogènes et aux tirs de LBD.

Difficile de dire l’horreur et la honte qui nous saisissent. L’horreur vécue par celles et ceux qui ont cherché à la fuir et qui sont discriminés, injuriés, battus, parfois jusqu’à la mort. La peur aussi de se promener, d’agir, de vivre tout simplement, en France quand on a une autre couleur de peau. Et la honte, la nôtre, que notre pays soit tombé si bas.

Souvent, avec un peu de condescendance, nous avons pu croire que la culture de certains pays y rendait la démocratie fragile parce qu’il y avait une dictature, tandis que, dans d’autres, comme la France, elle était solide. De même que l’on se prenait pour le pays des droits de l’Homme. La réalité est cruelle et difficile à éviter maintenant pour qui veut bien ouvrir les yeux. On voit que notre démocratie est précaire. Qu’être le pays de la Révolution, celui de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (sans la citoyenne pendant longtemps, ne l’oublions pas) ne préserve de rien, et surtout pas du pire.

Ceux qui portent atteinte à nos libertés pensent que nos démocraties sont faibles et que, face aux menaces et aux périls, elles seront fortes en devenant autoritaires. C’est évidemment tout l’inverse : les peuples qui acceptent de perdre un peu de leur liberté pour gagner en sécurité finissent toujours par perdre les deux. C’est ce que démontre l’engrenage terrifiant des violences policières depuis que ceux qui nous gouvernent ont renoncé à les dénoncer et à les sanctionner, voire même à admettre leur existence. Personne n’est épargné : ni la jeunesse, ni les gilets jaunes, ni les syndicalistes, ni le simple manifestant, ni le citoyen ordinaire, surtout s’il est issu des classes et des quartiers populaires.

Une démocratie devenue autoritaire, c’est un régime issu des urnes où le peuple lui-même n’est plus en sécurité. Avouons-nous la vérité : nous y sommes.

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