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Billet de blog 8 janv. 2020

Les difficultés d'un quartier

On a beaucoup entendu parler de Planoise ces dix derniers jours. Planoise c’est le quartier populaire de Besançon où j’habite. Le 25 décembre des coups de feu ont été tirés par des hommes n’ayant rien à voir avec le quartier. Le 31 décembre, des hommes sont allés mettre le feu à la fourrière.

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On a beaucoup entendu parler de Planoise ces dix derniers jours. Planoise c’est le quartier populaire de Besançon où j’habite. Le 25 décembre des coups de feu ont été tirés (on parle de kalachnikofs…) par des hommes n’ayant rien à voir avec le quartier. Un jeune homme de 14 ans sans rapport avec le conflit est hospitalisé car blessé. Le 31 décembre, des hommes (les mêmes ?) sont allés mettre le feu à la fourrière ( pour faire disparaître les traces de véhicules volés ? ) qui jouxte  directement un parking : 120 véhicules brûlés, une centaine au moins endommagés. Juste au dessus il y a une grande surface, de nombreux immeubles, du monde sur la place, une école maternelle. 

Planoise n’est pas un quartier abandonné des pouvoirs publics : médiathèque, services sociaux, piscine, grand parc, tram, hôpital à proximité, et ces épisodes ne sont pas fréquents. Mais souvent ce n’est pas facile d’y vivre au quotidien. Si on y est c’est souvent parce qu’on est plus pauvre, parfois très pauvre. Les logements les moins chers sont là. On s’inquiète pour l’avenir de ses enfants.

Dimanche, l’avant-veille du nouvel an, je vais au marché de Saint-Ferjeux, un vieux quartier de la ville, séparé de Planoise par une quatre voies. Je reconnais IB, un de mes élèves de l’an dernier, attachant et sympathique mais du genre qu’on préfère avoir tout seul et en dehors de la classe tant il est remuant comme quelques autres enfants dans le secteur. Je me rappelle de lui parfois ombrageux et triste, d’autres fois sautillant un peu partout, jetant, sans animosité, un stylo pour pouvoir aller le ramasser, allant à la poubelle pour un oui ou pour un non, se retournant, changeant de position. Je me souviens de son bon niveau en athlétisme et, quand il y était disposé, de ses réflexions pertinentes sur le texte que nous travaillions…Je lui demande s’il va bien et ce qu’il fait là. Il me dit qu’il donne un coup de main. 

Justement il est avec le maraicher chez lequel j’ai mes habitudes. Je pense lui demander assistance pour pouvoir discuter un peu avec lui. Mais à peine ai-je eu le temps de fouiller dans les mandarines qu’il a disparu. Je demande au maraîcher si IB est son fils. C’est là qu’il m’explique que le père d’IB est un de ses collègues de marché qui vend des habits d’occasion et qu’il est bien malade. La maman s’occupe des enfants, ils sont cinq. Elle lui a demandé d’occuper son aîné et pour qu’il ne « traîne pas dans le quartier ». En ce moment c’est particulièrement justifié. Le maraîcher lui donne aussi à manger parce que nourrir cinq enfants, il y a des familles pour lesquelles c’est difficile.

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