Ouvrir les frontières

Les migrations sont le résultat d’une évolution structurelle du monde. Si des gens migrent c'est par nécessité, cela n'a rien à voir avec le fait qu'ils soient bienvenus ou pas dans d'autres pays. Surtout, migrer est un droit fondamental qu’on ne saurait remettre en cause.

Un texte de François Ruffin sur Facebook a relancé le débat sur la question des frontières. Dans ce texte, le député de la France insoumise écrit : « Notre pays doit pouvoir (…) décider qui il accueille, et selon quels motifs (politiques, économiques, climatiques) ». François Ruffin ne va pas jusqu’à dire qu’il ne faudrait pas accueillir ceux qui seraient dans la détresse, et je persiste à croire que ses engagements sont du côté de l’hospitalité. Néanmoins, en engageant ainsi le débat, je regrette qu’il invite à fermer des portes qui devraient être ouvertes et, surtout, qu’il tourne le dos à la marche de l’humanité.

D’une part, parce que les migrations sont le résultat d’une évolution structurelle du monde ; d’autre part, parce qu’il s’agit d’un droit fondamental qu’on ne saurait remettre en cause. En effet, si des gens partent de leur pays de naissance, migrent vers d’autres, se déplacent d’un monde à l’autre, ce n’est pas parce que des pays leurs disent qu’ils sont bienvenus ou parce que des politiques décident que leurs frontières sont ouvertes.

C’est parce qu’ils doivent partir, parce qu’ils ne peuvent pas vivre là où ils sont nés, parce qu’ils sont menacés, violentés, parce qu’ils ne peuvent pas cultiver la terre, parce qu’il n’y a plus d’eau, parce que l’eau a détruit leur habitat, parce qu’ils ne peuvent pas travailler, parce qu’il n’y a pas d’avenir pour leurs enfants. Nous vivons dans un monde globalisé, avec des inégalités considérables et maintenant chacun le sait. Ces inégalités peuvent concerner les droits humains, la paix, le climat, l’emploi. Ce sont elles qui poussent les hommes et les femmes à quitter leur pays, quand ils en ont les moyens financiers, physiques et/ou le courage. Quels que soient les discours et les politiques des frontières, ces migrations vont donc continuer.

Et surtout, migrer, bouger, se déplacer, constitue un droit fondamental, affirmé à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule « 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien ».

Il existe en effet une injustice intrinsèque à ce qu’une vie soit déterminée par l’endroit où l’on naît. Le privilège de naissance ne tient pas seulement, à la classe sociale, au genre, mais aussi au lieu de naissance.

Concrètement aujourd’hui, dans l’état actuel du droit et des pratiques, ceux qui sont nés sur la rive nord de la Méditerranée peuvent aller et s’installer partout, ceux qui sont nés sur la rive sud voient leurs mouvements contraints par des frontières. Ainsi, quand bien même on ne serait pas menacé de mort, je ne vois pas au nom de quoi on aurait le droit d’empêcher des hommes et des femmes de choisir leur vie. Ce que chacun d’entre nous ferait s’il en avait le courage.

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