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Billet de blog 10 févr. 2020

Retour à la case prison

J'interviens en détention depuis deux ans. On a parfois des satisfactions, parfois des tristesses. L'un de mes élèves de l'an dernier qui avait réussi son bac et obtenu une semi-liberté est revenu à la maison d'arrêt.

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L’année dernière je donnais des cours d’alphabétisation en prison par l’intermédiaire d’une association. Cela m’a permis de rencontrer de nombreux détenus (cf chronique précédente). J’ai ensuite préparé au bac de jeunes adultes. Ceux  qui se sont finalement inscrits à l’examen l’ont obtenu, parfois brillamment. Ils ont notamment eu d’excellentes notes en Français. Evidemment ça m’a fait plaisir, pour eux d’abord mais pour moi aussi, ayant ainsi le sentiment d’avoir fait quelque chose d’utile. Contente, je l’ai été encore plus quand j’ai appris qu’ils avaient tous obtenus une semi-liberté, leur permettant de poursuivre des études, leur vie. La semi-liberté est un régime qui permet au condamné d’exercer une activité en dehors de l’établissement, une activité professionnelle, une formation, un stage… en général il doit rentrer le soir dans un centre pénitentiaire. Ca m’a fait vraiment très plaisir. Ce n’est pas grand chose et un peu naïf mais je me suis dit qu’ils étaient sur une dynamique positive : retrouver un peu de liberté, poursuivre une formation. Pour la société aussi il me semble que c’est mieux. Ils avaient déjà purgé l’essentiel de leur peine (3 ou 4 ans si mon souvenir est bon) et le bac ajouté à la semi-liberté me semble mieux préparer leur réinsertion dans un parcours plus compatible avec la vie en société.

J’ai repensé à nos discussions sur une pièce de Marivaux, L’Ïle des escalves. Un maitre et son esclave ont fait naufrage sur une île, l’île des esclaves donc, appelée ainsi car 100 ans plus tôt des esclaves échappés d’Athènes s’y seraient établis. Sur cette île les esclaves deviennent maîtres et les maîtres des esclaves. Inversion des rôles dont Marivaux est friant. Ils se posaient beaucoup de questions. L’auteur était-il un révolutionnaire avant l’heure ? - La pièce est joué pour la première fois en 1725 - Voulait-il renverser l’ordre établi ou invitait-il juste à un peu plus d’humanité à l’égard des esclaves et des personnes en situation de subordination ? Je me rappelle aussi leur sérieux quand ils jouaient la scène 6 où l’homme et la femme esclaves mués en maîtres sur l’île jouent une scène de séduction. Voir ces deux grands costauds très à cheval sur leur virilité, ce qui est « pour les hommes » et ce qui « pour les femmes », jouer la femme précieuse vaut le déplacement.

La semaine dernière j’ai appris que l’un d’eux était revenu. Il effectuera donc sa peine jusqu’au bout en détention et ne finira pas sa formation. Je sais qu’il ne suffit pas d’avoir le bac pour que tout aille bien mais j’étais quand même un peu triste.

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