L’école de la République

Troisième chronique depuis la rentrée scolaire, d'abord parue dans L'Humanité. Elle exprime mon soutien à la FCPE face à la campagne de dénigrement discriminatoire qui tente de discréditer son actif  pour l'égalité des droits des parents d'élèves.

#ChroniqueHuma3

La FCPE, association représentante de parents d’élèves, a choisi de mettre sur l’une de ses affiches une mère de famille voilée accompagnant une sortie scolaire. Cela a déclenché des torrents de haine et des prescriptions du ministre de l’Education nationale sur la bonne façon de se vêtir. Je vis et travaille dans un quartier populaire, autrement dit l’un de ces quartiers où vivent la majorité de ces mères. Car, soit dit en passant, et au contraire des propos du président de la République, suggérant qu’il y avait d’un côté les immigrés et de l’autre les classes populaires, les premiers constituent une part substantielle des secondes. 

Donc, depuis là où je vis et travaille, je trouve très bien de donner à voir la diversité des parents, comme le fait la FCPE. C’est à la fois une façon de reconnaître ces mères, qui, comme nombre d’autres, sont investies dans l’école de la République et l’éducation de leurs enfants. C’est aussi une façon d’envoyer le message que tous les parents sont les bienvenus à l’école alors que nombre d’entre eux n’osent pas y entrer, souvent parce qu’eux-mêmes n’ont pas eu l’opportunité d’y aller très longtemps et/ou qu’ils ne parlent pas bien la langue.

Certaines mères sont voilées, et alors ? Pourquoi affirmer qu’elles sont nécessairement soumises ou forcées alors que quand on prend la peine de les écouter, elles invoquent des motivations très variées, comme on peut le lire notamment dans l’ouvrage de Faïza Zérouala (Des voix derrière le voile). Bien sur certaines le sont, mais cette domination des femmes n’est pas propre aux femmes voilées. Surtout on ne voit pas bien comment les humiliations régulières dont elles sont victimes parce qu’elles sont voilées favoriseraient leur émancipation.

Porter le voile, y compris pour accompagner des sorties scolaires, n’est ni interdit par la loi, ni contraire à la laïcité. Mais le ministre de l’éducation nationale lui-même se permet de prescrire ce qui serait la bonne façon de s’habiller à ces mères d’élèves, sous couvert de laïcité et de République. Difficile de ne pas trouver sexiste et condescendant cette façon de dire aux femmes comment il est bon qu’elles s’habillent. Difficile de ne pas y voir aussi des relents de culture coloniale. La liberté c’est bien, mais quand les femmes musulmanes des quartiers populaires s’en saisissent cela déplait.

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