Pénible travail

Cette quatrième chronique est une réaction à la déclaration d'Emmanuel Macron sur la pénibilité au travail où il a suggéré que l'évoquer reviendrait à discréditer le travail. L'actuel président de la République voudrait donc supprimer des mots pour nier les réalités.

#ChroniqueHuma4

Le président Macron a déclaré cette semaine qu’il « n’aime pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail, c’est pénible ». Il veut supprimer des mots pour nier les réalités. Car il faut vraiment vivre dans un autre monde que le plus grand nombre, un monde privilégié, protégé et abrité, pour refuser de voir qu’il y a des travaux pénibles et, aussi, des souffrances au travail.

C’est une réalité bien documentée depuis longtemps. La pénibilité peut être due au travail lui-même (charges lourdes, pression des clients, usagers en souffrance, contact avec des substances dangereuses, travail de nuit, horaires décalés…). Mais aussi au fait qu’on y passe trop de temps car, si le travail peut participer du bien-être, il ne saurait résumer la vie de chaque être humain. Une pénibilité qui peut également être imputable aux conditions dans lesquelles on l’exerce : injonctions contradictoires, surdité de la hiérarchie, impossibilité de le faire correctement.

Cette pénibilité devient parfois une souffrance tellement profonde que certains se donnent la mort malgré une passion pour leur métier, comme l’a rappelé le terrible suicide sur son lieu de travail de Christine Renon, cette directrice d’école de Pantin, acte volontaire de protestation qui s’ajoute aux nombreux suicides de policiers, d’agriculteurs, de personnels de santé, sans oublier la dramatique série de France Télécom … 

ll est encore une autre souffrance liée au travail, c’est celle de ne pas en avoir. Cette souffrance aussi tue comme le documente l’association SNC (Solidarités nouvelles face au chômage) s’appuyant notamment sur une étude de l’INSERM réalisée par Pierre Menton qui conclue que « vous avez trois fois plus de risques de décéder si vous êtes chômeur » et qui estime entre 10 000 et 14 000 le nombre de décès annuels imputables au chômage.

De ces constats, d’un côté trop de travail, et trop longtemps pour pouvoir tout simplement vivre, de l’autre pas de travail, ou pas assez de travail pour avoir les moyens de vivre, on devrait tirer la conclusion qu’il faudrait essayer de partager le travail autrement pour que chacun ait le temps de vivre, pour que chacun ait les moyens de vivre. Cela améliorerait vraisemblablement la vie de nombre de gens. Cela participerait également à résoudre deux difficultés auquel le gouvernement prétend œuvrer : le financement de l’assurance chômage et le régime de retraite. 

Ce n’est pourtant pas ce qui a été choisie, bien au contraire. Qu’il s’agisse de la réforme de l’assurance chômage adoptée en juin ou de celle qui est discutée en ce moment sur les retraites le cap est clair : il faudra travailler plus ou plus longtemps ou chômer. Péniblement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.