Avec les musulmans de France

Après l’assassinat de Samuel Patty, puis l’attentat de Nice, je veux dire ma solidarité aux musulmans de France, dans la diversité humaine que ce mot recouvre, et en particulier à ceux de mon quartier.

Je pense à L. qui accompagne le travail de l’école primaire et maintenant du collège en tant que représentante des parents d’élèves en même temps qu’elle fait du soutien scolaire dans l’association du quartier. L. qui ramène chez elle pour quelques heures les enfants des parents qui n’ont pas pu s’arranger quand un enseignant est absent, quand une réunion se termine trop tard.

Je pense à F., animateur sportif et ancien vice-champion d’Afrique de karaté qui a créé une salle de sport au tarif accessible au plus près des habitants de ce quartier très populaire. Il fait même des cours de gym réservés à des femmes, entre elles, avec ou sans voile, où il leur montre l’exercice puis sort de la salle avant de leur montrer le suivant. Ce n’est pas sa préférence mais il respecte que, pour elles, bouger leur corps devant des hommes est gênant. Il se dit que le plus important c’est qu’elles pratiquent du sport.

Je pense à J. dont l’entreprise se charge depuis des années de la sécurité de nos commerces de proximité et qui partage son temps libre entre le club de foot et celui de hand où vont ses enfants et ceux des autres.

Je pense à Mme G. qui assure la sécurité de nos enfants sur le chemin de l’école, à F., Z. et L. sans lesquelles les fêtes d’école n’auraient pas le même gout de gâteau et les sorties au théâtre ou à la piscine ne seraient pas toujours possibles.

Je pense à M. B. anthropologue et ancien représentant du culte musulman qui lutte contre un cancer en même temps que contre le cancer du fondamentalisme et du racisme par la réflexion, l’étude et l’entretien d’un dialogue constant avec ses concitoyens et les responsables des différents cultes.

Je pense au jeune-homme qui s’occupe de l’entretien de la piscine municipale et organise des dons du sang dans la mosquée afin d’impliquer davantage de fidèles et recueillir davantage de ce sang qui ne doit rien aux pratiques religieuses et nous est vital à tous et toutes.

Je pense aussi à mon médecin et ami, ancien élu municipal, que je sais de culture et d’origine musulmanes mais dont je n’ai aucune idée du rapport à la religion.

Je pense à L. franc-maçon qui a quitté sa Tunisie natale, il y a quarante ans, dès sa majorité acquise pour rejoindre le pays qu’il a choisi, la France, parce que, pour lui, c’était celui des Lumières.

Je pense à M., laïc, athée, écrivain, qui joue aux dames dans les bistrots avec les papys maghrébins qui se sentent souvent bien seuls, partagés qu’ils sont entre leur pays d’origine où vit encore leur famille, où sont leurs racines, et la France que, même retraités, ils ne peuvent se résoudre à quitter.

Je pense à ces hommes et ces femmes que le terrorisme et le fanatisme révoltent, qui n’en sont en rien comptables à raison de leur identité et que des pompiers incendiaires désignent en boucs émissaires de nos peurs.

Cette chronique est initialement parue dans L'Humanité du 3 novembre.

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