Chahinez, 31 ans, femme musulmane et femme libre

Chahinez est morte, assassinée par son ex-mari dans des conditions effroyables. Mais elle laisse en héritage à ses enfants et aux femmes son courage et sa liberté. Elle s'est battue en femme libre, avec sa foi musulmane et son foulard.

Mardi 4 mai, Chahinez, 31 ans et mère de trois enfants, est morte assassinée par son ex-mari qui lui a tiré dans les jambes à plusieurs reprises avant de la brûler vive, en plein rue à Mérignac, dans la banlieue bordelaise. Son meurtrier avait déjà été condamné a sept reprises, notamment le 25 juin 2020 à 18 mois de prison (dont neuf avec sursis) pour « violence volontaires par conjoint » en récidive sur Chahinez. Libéré il avait interdiction de paraître à son domicile. Quelques mois plus tard, après l’avoir guettée à la sortie du supermarché, il a tiré son ex-femme par le foulard, l’a trainée dans sa voiture et l'a frappée.  Elle a à nouveau déposé plainte au commissariat.

Ce qui fait froid dans le dos c’est d’abord l’horreur de ce crime : après lui avoir tiré dans les jambes, il a brulé vive la mère de son enfant ! Ce qui amplifie ce sentiment mais que ce cas est loin d’être une exception. En effet, Chahinez est la 39ème femme morte sous les coups de son conjoint (ou ex-conjoint) depuis le début de l’année 2021. Chaque année, tous les deux jours et demi une femme meurt sous les coups de son conjoint. Mais ce n’est pas tout. Des centaines de femmes sont blessées, parfois très grièvement (défenestrées, poignardées…), elles ne succombent pas toujours à leurs blessures mais en garde des séquelles physiques et psychologiques à vie. La réalité ce sont également des milliers de femmes, et le plus souvent également leurs enfants, qui sont victimes de violences physiques et psychiques dans la cellule familiale. Ce qui met en colère c’est aussi que ces crimes ne sont pas une fatalité, car la plupart auraient pu être évités. Son ex-mari qui avait interdiction de s’approcher de son ex-compagne n’avait pas de bracelet électronique pour être surveillé. Condamné pour violence il disposait néanmoins de son arme. De son côté, elle ne disposait même pas de téléphone grand danger pour se défendre.

Mais un ami à attiré mon attention sur quelque chose de très fort et très émouvant, quelque chose d’une valeur inestimable que personne ne pourra jamais prendre à Chahinez, même si elle a dramatiquement perdu la vie, c’est son courage et sa liberté. Courage et liberté qu’elle laisse en héritage à ses trois enfants et à toutes les femmes. Car c’est une femme libre et courageuse qui pour déposer plainte à plusieurs reprises, a su surmonter la peur de son conjoint, puis ex-conjoint, la peur des représailles, la peur du qu’en dira-t-on, celle de ne pas être entendue au commissariat, que sa plainte n’ai pas d’effet, comme cela se produit trop souvent. Cette femme a fait tout ça du haut de ses 31 ans, avec son foulard, avec sa foi musulmane. Ça aussi c’était sa liberté.

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