La joie de l'espoir

Retour sur la manif du 5 décembre. Il y a sans doute quelque chose d’un peu pathétique à croire en l’avenir d’une société plus douce, respectueuse de la planète et des gens qui l’habitent, à rebours des manifestations de haines et de rejets. Pourtant le pseudo-réalisme qui rend le présent intangible, ne le croyant susceptible d’aucune mutation, ne me semble pas moins ridicule.

Toute emballée et émue de la réussite de la mobilisation du 5 décembre, voyant dans le soleil présent à Besançon un signe que le ciel – auquel je ne crois que de façon ponctuelle et plutôt quand ça m’arrange – était avec nous, je me suis prise, une fois de plus, à croire aux succès à venir de cette mobilisation. Je sais bien sûr qu’il ne suffit pas d’une manifestation, même très réussie, pour changer ce qui doit l’être. Mais cet air vif, ces chants revigorants, ces générations mélangées comme les drapeaux des organisations et les gilets en nombre - qu’ils soient jaunes, rouges et verts – m’ont fait penser qu’il suffirait de peu de choses pour que la solidarité, la combativité, la fraternité, la sonorité, la joie et l’espoir de cette manif se retrouvent dans notre vie de tous les jours et, pourquoi pas, au pouvoir.

Le lendemain, de retour à mon travail, les plus anciens me racontent qu’un temps le collège, nommé collège Proudhon (du nom du penseur anarchiste, né dans la ville), avait été rebaptisé ironiquement collège Fillon (les élèves sont pourtant socialement bien éloignés des habitants du 7ème arrondissement de Paris dont le leader de la droite était l’élu) tant les mobilisations étaient rares et peu suivies. Or ce jeudi la mobilisation était massive, plus de la moitié de l’établissement !

Il y a sans doute quelque chose d’un peu pathétique à croire, après chaque manifestation réussie, en l’avenir d’une société plus douce, accueillante, respectueuse de la planète et des gens qui l’habitent, à rebours des manifestations de haines et de rejets, d’injustices et de mépris que l’on a quotidiennement sous les yeux. Pourtant le pseudo-réalisme qui rend le présent intangible, ne le croyant susceptible d’aucune mutation, ne me semble pas moins ridicule.

Il est très certes difficile de voir comment demain sera meilleur. Mais nous n’avons pas le choix, car c’est ce qui donne un sens à la vie. Un sens entendu à la fois comme une signification, la raison d’être de notre existence, et comme une direction vers quoi, vers où aller. Autrement dit que notre présence au monde se justifie et que l’on peut faire quelque chose pour qu’il aille mieux.

Derrière les choses telles qu’elles sont et qu’on les voit aujourd’hui, il y a aussi la potentialité d’une autre réalité. Si je ne crois pas que le monde  puisse être sauvé une fois pour toute de la haine et de l’injustice, les désillusions et les échecs du passé, loin de nous démoraliser, devraient nous permettre de poursuivre ces idéaux avec plus de patience et de ténacité. Donc, plus de probabilité de les réaliser à la mesure imparfaite et perfectible qui est celle de l’homme.

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