Inégalités sociales jusqu'à la mort

Dans cette chronique, publiée mardi dans le journal @humanite_fr, je reviens sur le "débat" concernant l'allongement du du congé pour décès d'enfant et le prolonge sur les inégalités sociales face à la mort.

Jeudi 30 janvier, l’Assemblée nationale a rejeté une proposition de loi visant à instaurer un congé de deuil de 12 jours pour les parents dont un enfant décède. Quand on dit « l'Assemblée nationale » cela signifie « la majorité des députés présents dans l’hémicycle », parce que l’Assemblée nationale ce sont des hommes et des femmes désigné-e-s par nous les citoyennes et les citoyens pour nous représenter, et non pas une entité abstraite…

 

Actuellement ce congé est de 5 jours. 4500 enfants meurent chaque année en France. Bien sûr ce ne sont pas 7 jours supplémentaires qui compenseront la perte d’un enfant. On ne se remet pas d’un drame de cette sorte. Néanmoins, c’est une manière pour la collectivité de dire sa solidarité dans la peine.

 

Suite aux critiques venant de tous les bancs, une parlementaire de la majorité, dont je tairai le nom par charité, a jugé bon d’ajouter qu’il s’agissait d’une « générosité à bon prix » car se faisant sur « le dos des entreprises ». Au-delà de la mesquinerie et de l’indécence de ce vote et de cette réplique d’anthologie, cela peut remettre sur le devant de la scène les inégalités face à la mort.

 

S’il serait particulièrement malvenu de faire une « compétition » macabre entre les niveaux de souffrance face à la perte d’un enfant selon l’appartenance sociale, il n’en reste pas moins que les inégalités durant la vie ne disparaissent pas avec la mort. D’une part, il y a une grande inégalité devant la mort au sens où les plus pauvres vivent moins longtemps et en moins bonne santé que ceux que la vie a davantage favorisé. D’autre part, un enterrement ne consiste pas « seulement » dans un deuil psychique, ce n’est pas gratuit.

 

A la rentrée de cette année, j’ai appris une terriblement triste nouvelle. Un enfant de 4ème d’un collège où j’ai enseigné est décédé cet été par noyade dans le Doubs, la rivière qui passe à Besançon. Comme si cela ne suffisait pas, sa famille n’avait pas les moyens de payer les obsèques. Bien sûr, la solidarité s’est organisée mais ça ne change rien au fait que la famille, en plus de la douleur de la perte, a du supporter son impossibilité d’accompagner son enfant dans la mort.

 

Il y a donc des personnes qui, même mortes, semblent ne pas avoir de place sur cette terre. Tout est à l’envers. Même dans la mort, les injustices et les inégalités persistent. Et tout se passe comme si, quand l’enfant mourait, des parents qui déjà n’ont pas grand chose héritaient, avec cette perte, de la pauvreté de leur enfant. Si cela n’exonère en rien de résoudre l’injustice des inégalités sociales pour les vivants, créer un service public de la mort digne de ce nom est nécessaire. L’association ATD quart-monde y travaille.

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