IVG : suppression du délai de "réflexion"

Après un premier assouplissement l’année dernière, avec la suppression de la notion de détresse, la procédure de l’IVG a, à nouveau, été simplifiée, allégée, grâce à la suppression du délai de réflexion de sept jours, entre les deux consultations médicales obligatoires, imposé aux femmes choisissant de faire une IVG.

Après un premier assouplissement l’année dernière, avec la suppression de la notion de détresse, la procédure de l’IVG a, à nouveau, été simplifiée, allégée, grâce à la suppression du délai de réflexion de sept jours, entre les deux consultations médicales obligatoires, imposé aux femmes choisissant de faire une IVG.

Cette question très intime suscite forcément des débats, fondés sur la réflexion de chacun-e et sur des expériences de vie différentes : homme ou femme, avoir déjà vécu une IVG, avoir des enfants ou pas. Pourquoi supprimer ce délai ? Parce que, je crois, dans l’immense majorité des cas, il est inutile voire culpabilisant et infantilisant. Inutile parce que les délais sont suffisamment longs entre la découverte d’une grossesse non désirée et une IVG pour permettre de réfléchir. Parce que les nausées, le doute sur ce qu’il faut faire, les changements hormonaux, la fatigue obligent à la réflexion.

Ces sept jours peuvent même poser problème pour celles qui se trouvent à la limite du délai légal parce que le temps d’attente peut être long avant une intervention, également parce qu’elles ont pu passer du temps à réfléchir, à hésiter, parce que c’est une décision souvent difficile. Ces sept jours supplémentaires obligatoires peuvent légitimement être mal vécus. La femme qui vient demander une IVG n’aurait-elle pas bien pris la mesure de ce qu’elle va faire, ne serait-elle pas en mesure de penser par elle-même ? Faut-il se faire rappeler comment mettre un préservatif, qu’il ne faut pas oublier de prendre sa pilule, que pratiquer une IVG est un acte grave ? Il ne s’agit pas de dire que la réflexion ne soit pas nécessaire, ni même qu’on ne puisse s’y faire accompagner, au contraire. Mais quel besoin y a-t-il que ce délai soit obligatoire ? De plus, il me semble que la situation a changé depuis quarante ans où l’information sur la contraception était moins accessible. Parler de sexualité, d’amour, de grossesse, d’IVG était autrement plus délicat, même si cela ne va pas de soi partout et pour toutes et tous, ce qui pouvait éventuellement justifier ce délai.

Je crois que supprimer l’obligation n’empêche pas de réfléchir. D’ailleurs, on pourrait à l’inverse dire que sept jours sont insuffisants. Des mois ou des années après une IVG, combien parmi les femmes ayant « profité » de ce délai desept jours ont-elles regretté de ne pas avoir gardé ce fœtus ? Ce délai ne peut rien changer à cela, parce que souvent on n’a pas de réponse absolue et atemporelle, parce que ce qui nous paraît souhaitable, possible à un moment ne l’est pas à un autre. Je crois qu’il est bien de simplifier l’accès à l’IVG justement parce que c’est déjà suffisamment lourd et compliqué d’y recourir sans qu’il soit besoin d’en rajouter.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité le 13 avril 2015

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