Le temps de travail et l’égalité salariale

Selon l'enquête de la DARES de novembre 2015, l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes dépasse les 25 %. Il y a une part de cet écart que l'on ne sait expliquer. On sait que les femmes connaissent davantage d'interruptions de carrière, essentiellement pour raisons dites familiales, elles ont donc un nombre de jours travaillés inférieur à celui des hommes et en conséquence une rémunér

Selon l'enquête de la DARES de novembre 2015, l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes dépasse les 25 %. Il y a une part de cet écart que l'on ne sait expliquer. On sait que les femmes connaissent davantage d'interruptions de carrière, essentiellement pour raisons dites familiales, elles ont donc un nombre de jours travaillés inférieur à celui des hommes et en conséquence une rémunération moindre. On sait également que plus de la moitié des femmes se concentre dans une dizaine de métiers  en moyenne moins rémunérateurs que ne le sont ceux exercés par les hommes sans pour autant que des niveaux de formation, de qualification ou de risque ne viennent le justifier. Mais cette injustice s'explique d'abord par la différence de temps de travail entre les deux sexes. Les femmes sont 30 % à travailler à temps partiel alors que c'est le cas de seulement 7 % des hommes. Ce partage est lui aussi ancien et constant puisque c'est un constat qu'on pouvait déjà faire au début des années 80.

 Si on calcule la rémunération par heure travaillée l'écart ne serait "plus que" de 16 %. Cette information est essentielle à la compréhension, mais il ne faudrait pas qu'elle soit interprétée comme une atténuation de la discrimination entre les hommes et les femmes. En effet, on pourrait être tenté de trouver justifié que les femmes soient moins rémunérées si cette moindre rémunération s'explique par un nombre d'heures travaillées moindre que celle des hommes. Sauf que les femmes ne travaillent pas moins car elles assument de façon très majoritaire les tâches familiales et domestiques, condition indispensable au temps de travail plus important des hommes. Sauf qu'environ 40 % des salariées à temps partiel ne l'ont pas choisi. Quant aux autres, leur "choix" s'explique largement parce que la société continue de trouver normal que les femmes prennent prioritairement en charge les questions domestiques.

 S'il n'est pas souhaitable que ce travail domestique soit rémunéré il est crucial qu'il soit plus justement partagé. En favorisant l'augmentation du temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, singulièrement ceux qui ont déjà un emploi à temps plein, comme le fait le projet de réforme du code du travail actuellement en débat, on va à l'encontre de cette ambition d'égalité. Une meilleure répartition du temps de travail, afin que chacun-e travaille et que chacun-e ait du temps pour sa vie familiale collective et personnelle est possible. C'est ce qu'avait commencé à permettre, timidement mais réellement, la loi sur les 35 heures, c'est ce que le gouvernement aurait pu choisir de favoriser.

Barbara ROMAGNAN

Chronique publiée dans L'Humanité le 14 mars 2016

 

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