Un point de non retour

Dans cette chronique, je reviens sur la manifestation contre l'islamphobie du 10 novembre et l'importance qu'elle représente pour la gauche.

J’ai signé l’appel à la manifestation du 10 novembre contre l’islamophobie, j’y suis allé, j’ai beaucoup aimé et ça m’a donné de l’espoir dans une période qui ne s’y prête guère. Si j’entends, comprends ou partage certaines réserves de ceux ou celles qui n’ont pas voulu en être pour cette fois, je n’ai jamais douté de l’opportunité de participer à cette mobilisation.

Les discours de haine de plus en plus banalisés, les humiliations (la mère voilée au conseil régional de Franche-comté, à Besançon où je vis), la violence, l’attentat de Bayonne… Un point de non retour.

Depuis tant d’années que la xénophobie et le racisme visent nos compatriotes issus du monde musulman et alors qu’ils sont désignés (politiquement, médiatiquement, idéologiquement) à la vindicte, il était temps de réagir. C'était l’objet de la mobilisation : dire notre opposition à ces discours de haine, au racisme en général, à celui dont sont victimes les musulmanes et musulmans (réels ou supposés) en particulier.

 

Je ne prétends surtout pas donner de leçons. Je suis moi-même passé à côté d’un autre mouvement populaire très important, celui des gilets jaunes dans ses débuts. Curieuse  et intéressée, j’étais en même temps inquiète en raison de propos racistes qui en étaient parfois issus. Sans doute mon inquiétude et mes doutes venaient-ils aussi du fait qu’il se passait là quelque chose d’inédit, qui m’échappait, qui ne venait pas des partis politiques, des syndicats, bref qui ne venait pas de quelque chose que je connaissais. Et puis j’ai lu, écouté, j’ai participé à des manifestations et mes réserves ont été dépassées. Celles et ceux qu’à gauche, nous prétendions représenter, se mobilisaient eux-mêmes. Ils et elles ont su s’ouvrir aux autres, les jeunes des quartiers populaires, victimes eux aussi de la répression policière, les militants pour les climat. Enfin, la solidarité que nous aimons tant brandir dans nos discours, ils et elles la pratiquaient concrètement et sans attendre autour des ronds-points. Malheureusement, la plupart d’entre nous - les militants politiques de gauche - les avons ratés, nous n’avons rien compris de l’importance de ce qui se jouait là.

 

Je crois que ce 10 novembre aussi il s’est joué quelque chose d’essentiel, historique, qui nous oblige. Car c’est un rendez-vous essentiel de la gauche avec elle-même (ses principes, ses valeurs, ses idéaux) et avec celles et ceux que nous prétendons défendre et représenter : les classes populaires. Car les boucs émissaires que désigne l’islamophobie en font partie et ne sont évidemment pas les émirs et princes du Golfe et de la péninsule arabiques avec lesquels nos gouvernants commercent sans états d’âme quelles que soient l’obscurantisme qu’ils pratiquent chez eux. 

 

Ce dimanche la manif était belle : du monde, de beaux slogans, de belles personnes. Que celles et ceux qui ont permis cela soient remerciés.

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