Ce que peut l'écriture

Je suis prof. Après 20 ans d'expérience chez les grands (université / lycée), j'expérimente le collège et je trouve ça vraiment difficile. Je reviens ici sur certains des beaux moments que l'on peut vivre aussi grâce aux élèves.

Je suis « prof ». J’enseigne depuis 24 ans. J’ai débuté dans le supérieur et poursuivi en lycée, je suis aujourd’hui en collège et aussi à la maison d’arrêt. J’aime ce métier pour sa variété de publics, de situations, pour l’apprentissage permanent qu’il suppose, pour les échanges avec les élèves et parce qu’il me donne l’impression de faire quelque chose qui a du sens. J’aime aussi les vacances, le plus souvent pour travailler mais avec une totale liberté dans la gestion de mon temps.

Jusqu’à il y a deux ans, je trouvais le métier assez facile. Depuis j’ai expérimenté le collège, le REP+ mais pas uniquement, et je trouve ce métier difficile : la gestion d’un groupe avec des écarts de niveau parfois très importants, le sentiment, fréquent, de ne pas savoir bien accompagner les élèves et obtenir l’ordre dans la classe.

L’ordre, ce n’est pas mon point fort. Je discute et j’échange volontiers avec eux, je lis des histoires, je les écoute, j’explique et réexplique, j’essaie de les encourager à écrire, mais s’ils ne sont pas bien disposés pour travailler, je peine parfois à avancer, à tout simplement faire cours.

La semaine dernière j’ai eu un gros désordre dans une classe qui s’est soldé par l’intervention de la CPE que j’ai sollicitée car un élève a lancé une paire de ciseaux ouverte à travers la salle. Elle est arrivée tout près d’un élève. Difficile de savoir qui c’est car les auteurs ne se manifestent pas et les victimes et observateurs ont parfois peur des représailles.

Si c’est difficile parfois, il y a aussi de vrais moments de satisfaction et d’émotion. Avec une classe de 5ème, nous lisons Oscar et la dame rose, un petit roman épistolaire d’Eric-Emmanuel Schmitt. Un roman qui parle des derniers jours de la vie d’un enfant de 10 ans, leucémique, à l’hôpital. Il est ici question de mort, de maladie, à un âge où il devrait être question de jeux, de découvertes, d’amitié, d’aventures. Le livre est beau, émouvant, mais il est aussi très drôle et fin.

Pendant cette lecture, j’ai demandé à mes élèves de 5ème d’écrire sur quelque chose de triste qui leur est arrivé et d’exprimer ce qu’ils ont ressenti. Beaucoup ont parlé de la mort d’un animal, hamster, chat ou chien, d’autres de la sclérose en plaque d’une mère, du cancer d’une sœur, de la mort d’une amie, de la solitude, de la peur. Des récits plus ou moins longs, avec un vocabulaire plus ou moins varié, mais des récits que j’ai trouvés, vrais, sensibles, émouvants.

J’ai été très touchée qu’ils se livrent ainsi et heureuse de, peut-être, leur faire toucher du doigt que l’écriture peut soulager, éclairer, adoucir et qu’ils en étaient capables.

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