Ceque j'apprends du collège

Dans cette 22ème chronique pour @l'humanite_fr je parle encore de la difficulté du métier d'enseigner en collège, de l'admiration que je porte à celles et ceux qui continuent et aussi aux élèves qui passent par "là".

Comme je l’écrivais dans une précédente chronique, après vingt ans d’enseignement dans le supérieur et en lycée, j’apprends le collège, parfois dans la joie, souvent dans la difficulté, voire la douleur. Je tire vraiment mon chapeau à ceux et celles qui sans relâche, préparent, imaginent, rusent, innovent pour enseigner à ce niveau là. Aux difficultés propres à l’adolescence s’ajoute le brassage social de tous les élèves – toutes les CSP vont au collège, pas au lycée. 

 

Je tire aussi mon chapeau aux enfants, parce que si un secteur est dit « difficile » pour enseigner, ce sont quand même d’abord les élèves qui portent les difficultés. Difficultés liées à la pauvreté financière, au chômage des parents, au niveau scolaire, à la violence sociale. Et puis l’adolescence est un âge de la vie qui n’est pas toujours synonyme de joie : le regard des autres, l’image de soi, le corps qui se transforme pas toujours comme on veut, les peines de cœur, les boutons, les règles, les parents qui ne comprennent rien, les contraintes scolaires, et ce de quelque milieu que l’on vienne.

 

On pourrait dire que c’est le lot de beaucoup d’enfants, que cela n’empêche pas des vies riches et belles et que même ces épreuves permettent d’apprendre. Heureusement, c’est souvent vrai. Mais certains enfants ont la vie vraiment dure. Tellement dure qu’il y a de quoi être très inquiet pour eux et pour la société qui les « accueillera » comme adulte. Bien sûr ce sont souvent les mêmes qui nous mènent la vie dure, à nous, les enseignants

 

Parmi mes élèves, il y a une jeune fille de 14 ans que j’ai rarement été capable de garder en classe l’heure complète tant son attitude me rendait la tenue du cours avec les autres impraticable. Et ce, alors même qu’elle ne venait que très rarement, que j’étais très conciliante sur son comportement. Elle me fait l’image d’une boule de violence et de colère, elle fait peur aux autres élèves et semble se fermer à toute proposition de dialogue.

 

Je ne sais pas grand chose de sa vie si ce n’est que ses parents n’en ont plus la garde, qu’elle est passée de famille d’accueil en famille d’accueil et qu’elle est finalement en foyer car elle fuguait régulièrement. Mais je me dis que la violence qu’elle dégage doit être à l’image de ce qu’elle a reçu des adultes et du monde qui l’entoure. Elle a récemment changé d’établissement, je ne suis pas très optimiste mais je pense souvent à elle en espérant qu’elle y trouvera davantage sa place et du sens. Ça me laisse une impression d’abandon coupable d’une grande part de notre jeunesse, car beaucoup d’enseignants reconnaîtront certains de leurs élèves dans le portrait sommaire que je viens de faire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.