Ce que j'ai appris des gilets jaunes

Dans cette chronique je reviens sur le premier anniversaire du mouvement des gilets jaunes sur ce que celles et ceux qui font vivre ce mouvement m'ont appris. Je parle aussi du lien entre cette mobilisation et celles qui montent de la société pour l'égalité entre les hommes et les femmes et contre le racisme visant les musulmanes et les musulmans.

Il y a un an nombre de ronds-points de France étaient pris d’assaut par des citoyennes et des citoyens disant leur raz-le-bol d’une nouvelle amputation de leur pouvoir d’achat, une nouvelle augmentation du prix de l’essence. J’ai d’abord été curieuse du mouvement des gilets jaunes. J’étais en même temps inquiète en raison de propos racistes qui en étaient parfois issus. (On a vu depuis combien les propos racistes portés par des hommes en cravates à la télévision semblaient tolérables voire une manifestation de la liberté d’expression). Sans doute mon inquiétude et mes doutes venaient-ils aussi du fait qu’il se passait là quelque chose d’inédit, qui m’échappait, qui ne venait pas des partis politiques, des syndicats, bref qui ne venait pas de quelque chose que je connaissais.

Puis j’ai lu, observé et participé à quelques manifestations et j’ai été touchée par trois choses.

J’ai d’abord été très émue des solidarités concrètes dans la lutte et la vie quotidienne. L’une qui propose de garder les enfants de l’autre qui peut ainsi se rendre à un rendez-vous, des véhicules partagés pour des trajets et tout simplement des repas pris en commun, des gens qui ne sont plus seuls, des personnes qui se rencontrent et font chemin vers d’autres.

Et c’est la deuxième chose qui m’a marqué. Les gilets jaunes ne parlaient pas que d’eux-mêmes et à eux-mêmes. Souvent, ils se sont ouverts aux autres et ont su faire le lien avec les habitants des quartiers populaires victimes comme eux - et depuis bien longtemps - des violences policières. Ils ont su aussi rencontrer les mobilisations climatiques, refusant d’avoir à choisir entre les fins de mois et la fin du monde. 

Enfin, ce qui m’a vraiment bouleversée c’est que celles et ceux - au moins une partie d’entre eux - dont nous prétendions porter les intérêts se mobilisaient eux-mêmes, parlaient eux-mêmes et plus précisément, très souvent, elles-mêmes. Car on a entendu, plus que d’habitude des paroles de femmes dans ce mouvement. Des hommes et des femmes disaient, sans intermédiaires, leurs difficultés, leurs souffrances, mais aussi leurs espoirs. Ils faisaient aussi des propositions, beaucoup de propositions, qui allaient bien au-delà du problème de l’augmentation du prix du carburant. 

De la même manière, dans le mouvement MeToo, les femmes disant les agressions, les violences, les humiliations subies ne nous parlent pas seulement d’elle-même mais aussi des enfants, des hommes, de l’organisation de la société ; comme l’immense majorité des manifestants du 10 novembre contre l’islamophobie ont fait bien plus que dénoncer un racisme dont ils sont  personnellement victimes mais tous les racismes.

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