La Tunisie, pays plein de ressources

Impressionnée par la révolution tunisienne et curieuse des suites qui y seraient données, je me suis rendue à plusieurs reprises dans le pays après le 14 janvier 2011. Ces séjours à moins de deux heures d’avion, juste de l’autre côté de la Méditerranée, dans un pays dont nous partageons un peu d’histoire, dans lequel nous sommes nombreux en France à avoir des amis, ont été plein de surprises.

Impressionnée par la révolution tunisienne et curieuse des suites qui y seraient données, je me suis rendue à plusieurs reprises dans le pays après le 14 janvier 2011. Ces séjours à moins de deux heures d’avion, juste de l’autre côté de la Méditerranée, dans un pays dont nous partageons un peu d’histoire, dans lequel nous sommes nombreux en France à avoir des amis, ont été plein de surprises. J’y ai notamment vu de nombreuses raisons d’être confiant quant à l’avenir de la démocratie naissante.

Je savais déjà que la Tunisie était relativement avancée en matière de statut des femmes, singulièrement dans les pays arabes. On peut rappeler également que les filles représentent 59,5 % des étudiants. Dans les faits, la situation est contrastée, mais ce que j’ai vu sur place m’a paru encourageant.

À l’occasion de deux réunions politiques publiques, à Tunis et dans un secteur rural à proximité de la frontière algérienne, j’ai pu constater que nombre de Tunisiennes ne craignaient pas de prendre la parole. Elles étaient, comme partout dans le monde, minoritaires à la tribune. Mais dans le public, elles ont été à chaque fois largement majoritaires dans les prises de parole et leur détermination n’avait rien à envier à celle des hommes. Cela m’a frappée car, habituée des réunions publiques en France, je ne crois pas avoir déjà assisté à une seule réunion où les prises de parole étaient majoritairement féminines – sauf dans des réunions dont les femmes étaient l’objet. Cela ne dit pas tout de la place des femmes en Tunisie, ni même de la force de la démocratie, mais je crois que c’est un indice intéressant de la vie démocratique dans ce pays.

J’ai eu également l’occasion d’un échange avec des parlementaires du parti islamiste Ennahdha et des partisans de Nidaa Tounès qui m’a confortée dans cette idée. Ces parlementaires ont des visions de la société et de son organisation souhaitable toujours aussi opposées, mais ils ont convenu que quelque chose avait changé entre le début et la fin de leur mandat. Alors qu’au début chacun aspirait à éradiquer – politiquement – l’autre camp, ils avaient fini par accepter l’existence des autres, à les reconnaître certes comme des adversaires mais aussi à « faire avec » eux. Leurs désaccords, profonds, persistaient, ils continuaient à s’opposer mais ne cherchaient plus à s’éliminer.

Quelques jours après le terrible attentat de Tunis, n’oublions pas que ce pays et ses habitants sont pleins de ressources.

Barbara Romagnan

Chronique publiée dans L’Humanité le 23 mars 2015

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