La violence faites aux personnes handicapées

Le nouveau rejet par le gouvernement d'individualisation de l'AAH renforce la situation de dépendance vécue par les personnes handicapées dans notre société inadaptée et constitue une fragilisation supplémentaire des femmes handicapées, encore plus incompréhensible à l'heure de #meetoo.

Une fois de plus, le gouvernement a rejeté la proposition d’individualisation de l’allocation adulte handicapé (AAH). L’AAH est une allocation qui vient essentiellement compenser le fait qu’une personne handicapée ne peut pas pleinement, voire pas du tout, accéder à un emploi. Difficulté évidemment amplifiée en période de chômage massif, surtout pour des personnes peu qualifiées, comme le sont – plus souvent que la moyenne de la population – nombre de personnes handicapées.

Depuis 2014, j’échange régulièrement avec un groupe de personnes handicapées intellectuelles, adultes, beaucoup travaillent – dans des ateliers protégés –, d’autres ne le peuvent pas ou plus. Parmi elles, il y a des femmes et des hommes, en couple ou célibataires, avec ou sans enfants. Ce nouveau rejet de la proposition de déconditionner l’AAH du revenu du conjoint est un nouveau coup bas que la société leur envoie.

En effet, ce refus les assigne encore plus dans la situation de dépendance dans laquelle les place une société inadaptée. Pourquoi la rencontre heureuse, amoureuse, devrait-elle leur coûter de l’argent, à eux/elles qui en ont si peu, eux/elles pour qui les occasions de rencontres sont moins nombreuses, eux/elles dont la vie est déjà souvent bien difficile ? Pourquoi une vie de couple devrait les assigner encore plus qu’ils/elles ne le sont déjà à la dépendance ? Pourquoi, n’auraient-ils/elles pas droit à être reconnu en tant qu’individus ? En soi, tout cela justifie suffisamment la révolte. 

Mais c’est encore plus prégnant quand on pense à l’actualité sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Violences qui, dans l’immense majorité des cas, sont le fait d’un membre de la famille ou d’un proche. En France, on découvre chaque jour des violences qui avaient été tues, cachées, dénoncées mais non entendues. Par peur, honte, défaut d’écoute, précarité financière, les victimes qui s’expriment sont rares. On sait que ce drame traverse toutes les catégories sociales, tous les milieux, toutes les conditions.

Des femmes – des hommes aussi parfois – dénoncent courageusement ce qu’elles ont subies, et aident à la prise de conscience, donnant du courage aux autres. Certaines le font dans des livres poignants, percutants, essentiels. Vanessa Spingora est écrivaine, Camille Kouchner est avocate, les mots sont leur métier et elles sont pleines de ressources dans tous les registres. Et portant quelle épreuve ! 

Peut-on seulement imaginer ce que vivent celles qui ne les ont pas, ces mots ? Celles qui ont l’habitude d’être mises de côté, de ne pas compter, d’être invisibles pour la société. Celles qui très souvent savent à peine lire et écrire, comme les femmes handicapées intellectuelles. Ce serait donc une mesure de dignité minimale que de leur permettre de toucher une allocation pleine et entière. Une façon de ne pas ajouter une violence supplémentaire.

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