Encore et toujours la chasse aux pauvres

Le Sénat a adopté un amendement pour supprimer les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire. Ces sanctions toucheront donc uniquement les familles qui perçoivent les allocations familiales – conditionnées par un plafond de revenus –, c’est-à-dire les plus modestes et les plus précaires.

Le Sénat a adopté un amendement pour supprimer les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire. Ces sanctions toucheront donc uniquement les familles qui perçoivent les allocations familiales – conditionnées par un plafond de revenus –, c’est-à-dire les plus modestes et les plus précaires.

Ces politiques dites de « responsabilisation familiale » sont fondées sur l’idée que, la famille étant le premier lieu de socialisation, les défaillances parentales doivent être sanctionnées. Le sujet n’est pas l’épanouissement des enfants mais l’ordre de la société. Les premiers à en avoir fait une infraction sont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et la Belgique. Infructueuses ces politiques ont cessé. En France, cette « idée » s’est déjà traduite dans une loi de 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy. La gauche l’a supprimée en 2013.

On peine à comprendre comment la perspective de la suppression des allocations familiales pourrait aider des parents à améliorer la prise en charge de leurs enfants. Si les parents ont du mal, cela signifie plutôt qu’ils ont davantage besoin d’accompagnement, pas forcément financier. Si élever des enfants apporte d’immenses joies et de grands bonheurs, ce n’est pas toujours facile et il nous arrive à tous et toutes de ne pas être à la hauteur pour cette aventure à laquelle on n’est souvent guère préparés.

Les parents de mes élèves que je connais ont presque toujours des revenus très faibles. Certains parlent plus ou moins bien le français, la plupart n’ont pas eu l’opportunité de faire des études. Rappelons que si le taux de chômage est si élevé ce n’est pas parce que les gens ne veulent pas travailler, situation encore aggravée avec la crise du Covid. De Certains ont des enfants lourdement handicapés.

Ceux qui travaillent sont camionneur, aide-soignante, aide à domicile, femme de ménage ou employé·e·s dans l’alimentaire. Des métiers indispensables mais mal payés avec des horaires inadaptés à un accompagnement serein des enfants. Beaucoup quittent le domicile avant que les enfants ne se lèvent. Ce qui est vraiment notable pour moi, c’est que l’immense majorité de ces enfants soient toujours présents à l’école, fassent bien leur travail d’écolier et, pour certains, réussissent dans des conditions aussi difficiles.

Les enfants absentéistes et leurs familles n’ont pas besoin de punition mais de médiateurs de réussite scolaire, d’assistantes sociales, de psychologues, d’infirmières, de suivi individualisé, d’éducateurs. L’absentéisme scolaire est un problème très sérieux. C’est vraiment dégueulasse qu’il soit utilisé pour stigmatiser les plus pauvres et les familles les plus fragiles.

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