La surenchère xénophobe de Darmanin

On ne décide pas du pays où l'on nait. Pour notre pays, choisir d’accueillir plus largement, surtout dans un contexte politique mondial miné par les guerres, la monté des régimes autoritaires et le dérèglement climatique, devrait nous rendre fier.

Dans le « débat » organisé par le service public télévisuel entre l’extrême droite et la droite extrême, Marine Le Pen s’est trompée sur les chiffres des titres de séjour délivrés à des étrangers. Elle dit 460 000 alors que c’est 277 000. En face, Gérald Darmanin, ravi de la prendre en défaut, était surtout content que le chiffre soit moins important que celui annoncé par la dirigeante du Rassemble national. Autrement dit, tout en la corrigeant, il lui donnait raison sur le fond, épousant ses obsessions xénophobes, le refus d’accueillir et la peur de l’étranger.

Je ne vois pas en quoi un chiffre plus bas de titres de séjour accordés par la France devrait être lu comme le signe que la politique migratoire serait bonne ou « efficace » comme beaucoup aiment à le dire. D’une part parce l’immigration dont on parle ici est l’immigration « régulière ». Parmi ces titres de séjour, il y a un tiers d’étudiants, un tiers de conjoints ou d’enfants retrouvant leur famille. Les autres ont été recrutés par des employeurs français qui avaient besoin de leurs compétences ou des personnes dont la vie est en danger dans leur pays. On propose quoi d’autre ? Que les familles soient séparées, que les universités françaises n’accueillent plus la jeunesse du monde ?

D’autre part, parce que choisir d’accueillir plus largement, surtout dans un contexte politique mondial miné par les guerres, la monté des régimes autoritaires et le dérèglement climatique, devrait nous rendre fier au contraire. Parmi toutes les personnes n’ayant pas de titre de séjours, il y a des dizaines de milliers de jeunes gens qui ont quitté un pays en proie aux guerres, à la corruption, aux violences. On ne choisit pas le pays où l’on nait. Beaucoup de ces jeunes gens qui entreprennent ces voyages, longs, dangereux, coûteux, n’ont pas non plus choisi leurs dirigeants. Ils ont le courage de faire ce déplacement, et souvent d’y risquer leur vie. Ils nous font l’honneur de choisir la France à laquelle ils donnent leur vitalité, leur énergie, leur confiance.

Nous ne sommes pas de ceux qui, comme Le Pen et Darmanin, ces deux faces d’une même médaille, se réjouissent qu’ils ne soient pas « trop nombreux ». Heureusement, il y a aussi beaucoup de citoyens français qui se mobilisent pour défendre l’installation de ces jeunes étrangers. Il y a les situations que l’on parvient à médiatiser et parfois résoudre, comme celle de Laye, cet apprenti boulanger de Besançon – mais à quel prix ?  Il y a en ce moment celle qui s’organise au pays de Montbéliard, dans le Doubs, pour sortir Abacar du centre de rétention de Metz où il n’a rien à faire.

Ces mobilisations et ces bonnes volontés qui les impulsent font vivre une haute idée de la France face à l’abaissement qu’incarne l’actuel ministre de l’intérieur.

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