Magie de la neige

Sortie ski : si certains élèves ont déjà parcouru des milliers de kilomètres pour échapper à un pays qui obérait leur avenir, parmi les autres ils sont nombreux à ne jamais avoir quitté le quartier, alors le voyage d’1h30 en bus à étage, avec la possibilité de se servir de leur téléphone, c’était vraiment la fête.

Cette semaine j’ai accompagné une sortie ski, que les enseignants d’éducation physique et sportive de mon collège organisent tous les ans pour les élèves de 6ème et de 5ème. En l’occurrence j’accompagnais une de mes classes de 6ème et la classe d’UPE2A, classe des élèves primo arrivants. Il s’agit des enfants en âge d’être au collège mais qui ne peuvent pas encore suivre la totalité des cours en français. C’est donc une classe où les élèves ont entre 11 et 16 ans. Selon leur niveau et leur évolution ils sont intégrés progressivement à différents cours en classe conventionnelle. Souvent dès le début en sport et dans les disciplines artistiques, où la barrière de la langue présente moins de difficultés.

Si certains d’entre eux ont déjà parcouru des milliers de kilomètres pour échapper à un pays qui obérait leur avenir, c’était dans des conditions très difficiles, parfois vraiment horribles. Quant aux autres, ils sont nombreux à ne jamais avoir quitté le quartier. Alors le voyage d’une heure trente en bus à étage, avec la possibilité de se servir de leur téléphone, c’était vraiment la fête.

Nous sommes allés au Pré Poncet, lieu de la dernière chance dans la région (montagnes du Jura) pour pouvoir pratiquer le ski de fond quand il n’y a plus de neige ailleurs. Nous avons fait deux groupes sur la base d’une sorte de « sélection naturelle ». Ceux qui avaient réussi à mettre leurs skis et aller 100m plus loin les premiers ont constitué le premier groupe. Ceux qui ont eu besoin de plus de temps ont constitué le groupe des débutants avec lesquels je suis restée.

C’était drôle et joyeux de les voir tomber, de s’amuser de ne pouvoir contrôler tout à fait où ils allaient, de les entendre rire des adultes quand nous aussi nous ne faisons pas les malins sur ce sol si peu sûr. C’était aussi très émouvant de les voir s’obstiner à faire les exercices donnés par la monitrice et leur fierté d’avoir dépassé leur peur pour descendre une pente qui leur paraissait trop difficile pour eux. Comme par exemple T, arrivé de la Réunion, venu me voir à la fin de la journée, pour me dire les progrès qu’il avait fait en si peu de temps, convaincu que pour la prochaine sortie il pourrait aller « dans le groupe des bons ». Peut-être cela lui donnera l’idée qu’il peut aussi faire ces progrès là en classe. Emouvante aussi cette petite afghane, arrivée 5 mois auparavant après une route évidemment très éprouvante, faire toujours la course en tête, pour pouvoir recommencer plusieurs fois ; comme ces deux petits garçons qui ne se parlaient guère au collège se découvrir des points communs, après être bien tombés ensemble dans la neige, au point de faire le voyage du retour ensemble.

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