barbara romagnan
Abonné·e de Mediapart

142 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 avr. 2021

Sexisme: et le ministre «relou»?

La ministre Marlène Schiappa annonce une campagne contre le harcèlement de rue. Ce harcèlement existe mais le cœur du sexisme, ce sont les lieux de pouvoir, lieux de pouvoir où se trouve son ministre de tutelle mis en cause dans une affaire de viol.

barbara romagnan
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La ministre Marlène Schiappa annonce une campagne contre le harcèlement de rue. Pour cela elle prévoit la mise en place de « zones rouges » où seront déployés des policiers en civil qui interviendront par « surprise ». Elle appelle cela des « quartiers sans relou ». Parler en verlan quand, par ailleurs, son premier ministre sort une circulaire pour interdire l’écriture inclusive ne semble pas très cohérent. Sans doute que, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit avant tout d'une affaire de communication.

Et là, ce qui est communiqué, c’est que ce sont les jeunes hommes des quartiers populaires issus de l’immigration qui sont visés. Car quand on parle de « quartiers » c’est à ces quartiers-là qu’on se réfère. Et parler « verlan » comme les jeunes, c’est une façon de dire que ce sont les jeunes qui sont les agresseurs. Or, s’il y a des agresseurs dans les quartiers populaires, il y en a également dans les quartiers bourgeois et cela ne se limite pas à la rue, mais s’étend aux entreprises, aux rédactions de journaux, aux salles de cinéma, aux gymnases, aux bureaux des ministres…

Bref, la lutte contre le harcèlement de rue sert ici à cibler, stigmatiser, punir pénalement de jeunes hommes racisés, alors que le cœur du sexisme, ce sont les lieux de pouvoir. L’autre message qui est envoyé quand on parle de « relous », c’est que, finalement, ce n’est peut-être pas si grave. C’est une façon de banaliser les violences. Utiliser les mots justes impliquerait de parler « d’injure sexiste », « de harcèlement sexuel » ou « d’agression sexuelle », car c’est ainsi que la loi les caractérise et les punit. 

Emmanuel Macron a beau avoir déclaré à plusieurs reprises que l’égalité entre les hommes et les femmes était la « grand cause » du quinquennat, la vérité, c’est qu’il s’en moque. Sinon comment expliquer qu’un ministre des comptes publics, non seulement ne soit pas remercié après des accusations de viol et d’agressions sexuelles, mais qu’en plus, il soit promu en devenant ministre de l’intérieur ? Bien sûr, il est présumé innocent, tant qu’il n’est pas jugé coupable. Mais en nommant Gérald Darmanin à la tête de l’Intérieur, Emmanuel Macron crache au visage des femmes victimes de violence. D’autant plus que ce ministre devient le « patron » de celles et ceux qui doivent mener les enquêtes.

Est-ce qu’on peut imaginer qu’un homme mis en cause pour un crime soit nommé ministre ? Le viol est un crime, mais apparemment un crime pas si grave que ça. Les mises en cause graves dont fait l’objet le ministre de l’intérieur, ministre de tutelle de Marlène Schiappa finissent de décrédibiliser sa prétention à lutter contre les violences sexistes. Et l’on comprend dès lors à quoi sert le ciblage des « relous » des quartiers : à faire oublier le ministre « relou ».

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Le double « je » de Macron au Parlement européen
Mercredi, à Strasbourg, Emmanuel Macron et ses adversaires politiques ont mené campagne pour la présidentielle française dans l’hémicycle du Parlement européen, sous l’œil médusé des eurodéputés étrangers. Le double discours du chef de l’État a éclipsé son discours sur l’Europe.
par Ellen Salvi
Journal — Médias
Bolloré : la commission d’enquête se mue en café du commerce
Loin de bousculer Vincent Bolloré, la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est montrée approximative et bavarde, mercredi, au lieu d’être rigoureuse et pugnace. L’homme d’affaires a pourtant tombé un peu le masque, laissant transparaître ses attaches patriotiques ou nationalistes.
par Laurent Mauduit
Journal — International
Corruption en Afrique : le protocole Bolloré
Mediapart révèle de nouveaux éléments qui pointent l’implication personnelle de Vincent Bolloré dans l’affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports africains. Après l’échec de son plaider-coupable, le milliardaire est présumé innocent en attendant son futur procès.
par Yann Philippin
Journal — Migrations
Dans le sud de l’Espagne, ces Algériens qui risquent leur vie pour l’Europe
En 2021, les Algériens ont été nombreux à tenter la traversée pour rejoindre la péninsule Ibérique, parfois au péril de leur vie. Le CIPIMD, une ONG espagnole, aide à localiser les embarcations en mer en lien avec les sauveteurs et participe à l’identification des victimes de naufrages, pour « soulager les familles ».
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie
Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle
La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.
par Jean-Pierre Roche