Sexisme: et le ministre «relou»?

La ministre Marlène Schiappa annonce une campagne contre le harcèlement de rue. Ce harcèlement existe mais le cœur du sexisme, ce sont les lieux de pouvoir, lieux de pouvoir où se trouve son ministre de tutelle mis en cause dans une affaire dee viol.

La ministre Marlène Schiappa annonce une campagne contre le harcèlement de rue. Pour cela elle prévoit la mise en place de « zones rouges » où seront déployés des policiers en civil qui interviendront par « surprise ». Elle appelle cela des « quartiers sans relou ». Parler en verlan quand, par ailleurs, son premier ministre sort une circulaire pour interdire l’écriture inclusive ne semble pas très cohérent. Sans doute que, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit avant tout d'une affaire de communication.

Et là, ce qui est communiqué, c’est que ce sont les jeunes hommes des quartiers populaires issus de l’immigration qui sont visés. Car quand on parle de « quartiers » c’est à ces quartiers-là qu’on se réfère. Et parler « verlan » comme les jeunes, c’est une façon de dire que ce sont les jeunes qui sont les agresseurs. Or, s’il y a des agresseurs dans les quartiers populaires, il y en a également dans les quartiers bourgeois et cela ne se limite pas à la rue, mais s’étend aux entreprises, aux rédactions de journaux, aux salles de cinéma, aux gymnases, aux bureaux des ministres…

Bref, la lutte contre le harcèlement de rue sert ici à cibler, stigmatiser, punir pénalement de jeunes hommes racisés, alors que le cœur du sexisme, ce sont les lieux de pouvoir. L’autre message qui est envoyé quand on parle de « relous », c’est que, finalement, ce n’est peut-être pas si grave. C’est une façon de banaliser les violences. Utiliser les mots justes impliquerait de parler « d’injure sexiste », « de harcèlement sexuel » ou « d’agression sexuelle », car c’est ainsi que la loi les caractérise et les punit. 

Emmanuel Macron a beau avoir déclaré à plusieurs reprises que l’égalité entre les hommes et les femmes était la « grand cause » du quinquennat, la vérité, c’est qu’il s’en moque. Sinon comment expliquer qu’un ministre des comptes publics, non seulement ne soit pas remercié après des accusations de viol et d’agressions sexuelles, mais qu’en plus, il soit promu en devenant ministre de l’intérieur ? Bien sûr, il est présumé innocent, tant qu’il n’est pas jugé coupable. Mais en nommant Gérald Darmanin à la tête de l’Intérieur, Emmanuel Macron crache au visage des femmes victimes de violence. D’autant plus que ce ministre devient le « patron » de celles et ceux qui doivent mener les enquêtes.

Est-ce qu’on peut imaginer qu’un homme mis en cause pour un crime soit nommé ministre ? Le viol est un crime, mais apparemment un crime pas si grave que ça. Les mises en cause graves dont fait l’objet le ministre de l’intérieur, ministre de tutelle de Marlène Schiappa finissent de décrédibiliser sa prétention à lutter contre les violences sexistes. Et l’on comprend dès lors à quoi sert le ciblage des « relous » des quartiers : à faire oublier le ministre « relou ».

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