"Victoire..."

Respect pour le courage et la dignité de ces milliers dee femmes et d'hommes qui se battent tout simplement pour pouvoir vivre leur vie et reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui les soutiennent.

Un ami, infatigable militant, aussi humble et discret que généreux et mordant, vient de m’apprendre la décision de la Cour Administrative d'Appel (CAA) de Nancy enjoignant le préfet du Doubs de donner un titre de séjour Vie Privée et Familiale à Alima. Ces décisions ne sont pas si fréquentes. Il devrait y avoir à matière à se réjouir, c’est pourtant d’une immense tristesse.

Alima et sa sœur Belinda (prénoms modifiés), de nationalité kosovare, sont venues en France en 2016. La santé de Belinda s’est dégradée très vite, à tel point qu’une greffe du coeur a été envisagée, greffe qui devait être faite au CHU de Dijon. Belinda a alors obtenu un droit au séjour au titre de la maladie. 

Dans l’attente de sa greffe elle est appareillée d’une pompe de circulation de sang externe, système qui nécessite une surveillance et un suivi 24 h sur 24. Alima effectuait ce travail de surveillance et s’occupait de sa sœur. Elle l’aidait aussi moralement dans cette épreuve. La préfecture a néanmoins émis un premier arrêté d’expulsion à l’encontre d’Alima et la police est venue la chercher pour l’expulser devant Belinda évidemment traumatisée. 

Alima a été emmenée au Centre de Rétention Administrative de Metz et devait être expulsée le lendemain matin. Mais le juge des Libertés a ordonné sa libération. Cette jeune femme de 25 ans, seule et sans argent, a été relâchée à 22h dans une banlieue de Metz qu’elle ne connaissait pas. Des soutiens sont allés la chercher en pleine nuit. Elle a demandé un réexamen de sa situation, pour pouvoir soutenir sa soeur, le préfet a répondu par un nouvel arrêté d’expulsion. Elle est néanmoins resté, en se cachant, pour que sa soeur ne soit pas seule. Les deux avaient constamment la peur au ventre, l’une de mourir et que sa soeur se fasse prendre la laissant seule, l’autre de perdre sa soeur.

Belinda n’a pas pu remonter la pente et est décédée quelques mois plus tard. Alima, dans son chagrin, s’occupe du rapatriement de la dépouille de sa soeur au Kosovo, sans le moindre soutien des institutions quand ce n’est pas de l’opposition. Elle dit qu’elle n’a plus aucune raison de rester en France, et veut accompagner sa soeur dans son dernier voyage. 

Cette victoire à la CAA de Nancy trois mois après le décès Belinda a ainsi un goût bien amer et on se dit que c’est l’Etat français qui aurait besoin de se faire greffer un coeur. Mais je « profite » de ce dénouement tragique pour dire mon respect pour le courage et la dignité de cette femme et de milliers d’autres qui se battent tout simplement pour pouvoir vivre leur vie et ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui les soutiennent.

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