Suède : touchers vaginaux non consentis et "certificats de virginité" dénoncés

Pour la première de la saison l’émission Kalla fakta de TV4 a frappé fort (1). En effet, l’équipe de journalistes a embauché quelques actrices et réalisé une caméra cachée dans trois dispensaires  privés du pays (Malmö, Göteborg et Stockholm). Et là, le choc est brutal !

Pour la première de la saison l’émission Kalla fakta de TV4 a frappé fort (1). En effet, l’équipe de journalistes a embauché quelques actrices et réalisé une caméra cachée dans trois dispensaires  privés du pays (Malmö, Göteborg et Stockholm). Et là, le choc est brutal !

Tout d'abord l'équipe est informée de l'existence de contrôle de virginité dans la chaine de dispensaires privés Aleris, entreprise qui fonctionne avec des subventions publiques, par un ou une citoyenne. Pour en avoir le cœur net Kalla fakta met alors au point un sénario très simple. Trois comédiens sont embauchés. Une jeune-fille de 17 ans est amenée par sa tante qui a pris rendez-vous pour elle dans un dispensaire. Les deux femmes sont accompagnées par un interprête. La jeune-fille répondant au nom d' Arezoo doit être mariée en Irak ou en Iran dans un milieu chrétien traditionnel. Inquiet par le fait que la jeune-fille ait passé deux/trois ans de sa vie dans un pays connu pour ses mœurs  libérales la famille au bled exige un certifaicat de virginité. La comédienne interprêtant Arezoo est chargée de protester régulièrement en signalant son absence de consentement au mariage et à l'examen gynécologique. Elle dira par exemple: " Je ne veux pas ! Vous ne pouvez pas me faire ça! je jure devant Dieu que je ne veux pas! Dis-moi que c'est forcé ! Dis-moi! Vous m'obligez à faire cela.Je ne veux pas être examinée ou me marier ! Point barre ! Laisse-moi. " avant de sortir de la pièce pour tenter d'échapper à l'examen (2). Le film est réalisé dans différents dispensaires néanmoins les comportements des médecins ne diffèrent pas et chaque fois la jeune-femme n'est pas respectée.

Choc numéro 1 : Sur le plan anatomique le vagin est une ouverture qui n’est couverte par aucune membrane.  Pour plus de clarté la Suède a adopté suite aux campagnes d’information de l’association RFSU l’expresion couronne vaginale pour décrire les différents visages de l’entrée du vagin. Le toucher vaginal ne permet pas de déterminer votre pratique sportive, le type de protection hygiénique que vous utilisez, la vie sexuelle que vous menez ou la météo de votre région. Sur le plan médical l’intérêt du toucher vaginal systématique de routine est controversé depuis une dizaine d’années notamment dans les pays anglo-saxons. En revanche son intérêt lors de la présence de symptomes inquiétants est communément  admis. (3)

Théoriquement la demande aurait donc dû entrainer une explication anatomique donnée par ailleurs dans d’autres dispensaires du pays. Il est impossible  de « lire » le passé sexuel d’un sexe d’homme ou de femme. Au lieu de cela un rendez vous est pris pour réaliser un « contrôle » qui n’a donc rien de scientifique. L’établissement du certificat donnera lieu à un supplément de facturation.

Choc numéro 2 : La jeune femme est mineure et dit explicitement son refus de se marier. La gynécologue filmée ne l’informe pas de ses droits à être protégée d’un mariage forcé. Le cas n’est pas reporté aux services sociaux et à la police malgré l’obligation légale. Une obligation renforcée du fait de la minorité de la patiente.

Choc numéro 3 : La gynécologue ne s’adresse pas à la jeune femme qui proteste mais à sa tante qui achète le service de la consultation. De ce fait la jeune femme est réduite à l’état d’objet, de possession qui va changer de propriétaire et dont on évalue la conservation en vue d’une transaction. Comme spectatrice c’est ce qui m’a le plus choqué : Arezoo n’est pas traitée comme un sujet, une personne par la/les  gynécologues qu’elle consulte.

Choc numéro 4 : Dans son refus de subir l’examen la comédienne quitte la pièce. La gynécologue suggère alors de coudre de toute pièce un hymen avant le mariage.  « Ca ne fait pas mal » affirme-t-elle. L’émission ne met pas en perspective ce point. Pourtant comme je l’écrivais dans mon premier billet (4) cette opération qui ne correspond à aucun enseignement en faculté de médecine et qui coûte en France de quelques centaines d’euros jusqu’à 3500 euros dans le privé (5) consiste à blesser les parois du vagin afin de les coudre entre elles avec des fils résorbables. Un rapport sexuel dans ces conditions se sont des frottements sur une plaie récente brisant les fils ou la croûte en formation. Autrement dit, cela va être douloureux même si les rapports étaient consentis. Pour avoir accompagné un grand nombre de femmes ayant subit une épisiotomie (6) j’ai remarqué que les fils résorbables sont fréquemment mal supportés par la muqueuse. Ils ont ainsi  tendance à générer des bourgeonnements douloureux et mal placés. Bien sûr le risque infectieux n’est pas nul lui non plus. On peut imaginer sans peine que des premiers rapports douloureux favorise l’appréhension des prochains rapports entrainant un cercle vicieux. Mais qu’en est-il alors du saignement mythique attendu ? Et bien, il n’est pas toujours au rendez vous et certains médecins qui pratiquent cette opération conseille un plan B : provoquer des saignements en utilisant un arrêt de pilule (des règles artificielles donc), une aiguille pour se piquer (sans faire piquer bien sûr), un foie de volaille glissé dans le vagin, ou bien tel gadget chinois...à votre bon coeur ! (5)

Choc numéro 5 : la gynécologue sait parfaitement que l’examen ne permet pas de savoir si la jeune fille est vierge ou non, et qu’Arezoo n’est pas consentante pour l’examen mais inciste néanmoins pour réaliser le toucher vaginal (minute 25). Elle a bien noté que la jeune femme est triste et mécontente (min 23). Elle demande dans quelle langue elle doit rédiger le certificat. De plus durant l’examen la tante et l’interprête ne sont pas priées de sortir ce qui aurait pourtant permis d’informer la jeune fille sur ses droits ou de réaliser le certificat sans procéder à l’examen qu’elle refuse.

Les journalistes interrogent ensuite différents spécialistes des droits de l’humain en particulier Liesl Gerntholtz de Human Rights Watch qui dénonce la pratique de ces examens. En effet dans certains pays si le vagin d’une femme laisse passer deux doitgts elle sera déclarée comme ayant une pratique sexuelle régulière et un viol éventuel ne pourra être reconnu. D’autre part un examen interne contre la volonté de la femme viole ouvertement le droit international en de nombreux points et peut être assimilé à un viol et donc par conséquent à un acte de torture.

Des contrôles de virginité ont été réalisé durant le printemps arabe, une manière d’humilier et de menacer les femmes exigeant un régime démocratique. En Indonésie les contrôles de virginité sont « indispensables » pour exercer dans la police. Mais que de tels contrôles puissent en 2015 être effectués en Suède  par des médecins constitue une surprise fort désagréable.

 

(1)    Emisssion Kalla fakta du 06 octobre 2015 de TV4 http://www.tv4.se/kalla-fakta/artiklar/kalla-fakta-den-hemliga-kontrollen-5613b178fca38f3caf000066

(2)    « Jag vill inte! Ni får inte göra så här mot mig! Jag svär till Gud att jag vill inte! Berätta för mig om det är ett tvång! Berätta! Ni tvingar mig att göra detta. Jag vill inte bli undersökt eller gifta mig! Punkt slut! Låt mig va! vädjar kvinnan. » Minute 22

(3)   « Le débat autour du toucher vaginal n'est pas neuf", rappelle Béatrice Guigues, vice-présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). "Aujourd'hui l'examen ne doit plus être proposé de manière systématique mais au cas par cas, en fonction du trouble de la patiente, mais aussi de ses craintes quand cela est possible. Ainsi chez une très jeune patiente qui vient en consultation pour une demande de contraception, ce geste qui peut être mal vécu n'est pas indiqué.

En revanche, face à une plainte de douleur pelvienne accompagnée d'autres signes cliniques, il peut être un élément de diagnostic. Il n'est d'ailleurs jamais pratiqué seul, mais participe à une faisceau d'indices"

http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-le-toucher-vaginal-pointe-du-doigt_13830.html

(4)    http://blogs.mediapart.fr/blog/barbara-strandman/010608/depucelage-n-est-pas-defloration-ou-l-hymen-est-un-mythe

(5)    http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/06/19/mon-hymen-son-honneur_1060339_3224.html

(6)    http://www.episio.info/

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.